Victoire des agent-es de bord

Air Canada et le gouvernement vaincus

Les agents et agentes de bord d’Air Canada ont remporté une victoire pour eux et elles-mêmes et pour l’ensemble du mouvement syndical. En plus d’obtenir des gains importants, leur détermination à défier l’ordre de retour au travail de la Commission des relations de travail a renforcé le droit de grève des travailleurs et travailleuses. Les 10 000 membres de la composante Air Canada du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), dont plus de 70% sont des femmes, ont résisté fermement à l’offre salariale au rabais de l’entreprise et à l’intimidation du gouvernement.

Leur dernier contrat, qui a pris fin en mars 2025, était d’une durée de dix ans, ce qui laissait beaucoup de marge de manœuvre. Leur principale revendication était la fin du travail non rémunéré. De plus, les travailleurs et travailleuses souhaitaient une augmentation de salaire pour compenser l’inflation des dernières années. Le temps de travail des agent-es de bord avant le décollage et après l’atterrissage – le travail au sol – était non rémunéré et s’élevait souvent à 35 heures par mois. Ce travail comprend l’assistance aux passagers à l’embarquement et au débarquement, le chargement des bagages, souvent lourds, dans les compartiments supérieurs, les contrôles de sécurité avant le décollage et, si nécessaire, les évacuations au sol.

Après qu’une écrasante majorité de 99,7 pour cent des travailleurs et travailleuses ont voté en faveur d’une grève en juillet, ils et elles ont quitté le travail le samedi 16 août. Après trois jours de grève, avec des piquets de grève et des rassemblements bruyants et déterminés dans les aéroports à travers le pays, les travailleurs et travailleuses ont forcé l’entreprise à reculer et ont remporté une victoire.

La stratégie d’Air Canada et du gouvernement a échoué

La stratégie de la haute direction d’Air Canada lors des négociations semblait éprouvée. Elle visait à escroquer les travailleurs et travailleuses pour accroître les profits de l’entreprise et leurs propres salaires. Elle a fait une offre salariale dérisoire et a refusé d’envisager de financer les travaux préparatoires. Elle a négocié de mauvaise foi, faisant traîner les négociations en longueur, présumant, à juste titre, qu’une fois les travailleurs et travailleuses en grève, le gouvernement interviendrait pour ordonner la fin de la grève. Cette stratégie avait été utilisée avec succès lors de nombreuses grèves précédentes. Par le passé, le gouvernement avait eu recours à une loi de retour au travail, mais il a récemment eu recours à l’article 107 du Code du travail, qui évite les inconvénients d’un débat ou d’un vote au Parlement.

Tout se déroulait comme prévu dès le premier jour de grève. Moins de douze heures après le début du débrayage, le gouvernement a utilisé son arme anti-ouvrière favorite : il a ordonné aux agents et agentes de bord de reprendre le travail et a nommé un arbitre pour imposer un accord.

Mais un problème se posait. Les travailleurs et travailleuses, ainsi que le syndicat, refusaient d’adhérer au plan et maintenaient la grève. Le lundi 18 août, le gouvernement a déclaré leur action « illégale », ce qui risquait des condamnations judiciaires pouvant aller jusqu’à des amendes ou des peines de prison. Malgré cela, le syndicat a tenu bon.

L’entreprise et le gouvernement ont vu leur plan infaillible se retourner contre eux. Ils étaient tellement convaincus que les travailleurs et travailleuses obéiraient discrètement qu’il ne semblait plus y avoir de recours. Michael Rousseau, PDG d’Air Canada, l’a admis lors d’une entrevue accordée lundi matin à BNN Bloomberg : « Nous pensions, bien sûr, que l’article 107 serait appliqué et qu’ils ne le contourneraient pas illégalement. » Le soir même, Air Canada est retournée à la table des négociations. En quelques heures, un accord de principe a été conclu et la grève a pris fin. Les agent-es de bord ont démontré qu’ils ont du pouvoir lorsqu’ils résistent. Le pouvoir syndical est un formidable outil pédagogique, comme Air Canada et le gouvernement l’ont découvert !

Qu’ont gagné les participant-es?

Bien que les détails officiels de l’accord n’aient pas été publiés, les rapports montrent des gains significatifs pour les travailleurs et travailleuses.

Plus important encore, le travail de base est désormais reconnu comme un travail et doit être rémunéré. Bien que le syndicat n’ait pas obtenu le paiement intégral de tout le travail de base, il a établi le principe selon lequel ce travail fait partie intégrante de la convention collective et peut être amélioré dans les contrats futurs. La grève sur le tas des ouvriers de l’automobile de 1937 chez General Motors à Flint est considérée comme une victoire historique pour les travailleurs et travailleuses. Les travailleurs et travailleuses n’ont guère gagné en termes de salaires, mais ont obtenu le droit de se syndiquer. Forts de cette victoire, les ouvriers de l’automobile ont obtenu de réelles augmentations de salaire dans les années à venir. La victoire d’Air Canada s’étendra à d’autres compagnies aériennes. Le gouvernement fédéral a annoncé qu’il enquêterait sur le travail non rémunéré dans le secteur aérien, ce qui pourrait entraîner de nouveaux changements.

Une autre victoire est une augmentation salariale plus importante, de 4 % pour les travailleurs et travailleuses ayant moins de cinq ans d’ancienneté, car bon nombre des nouveaux employé-es gagnaient moins que le salaire minimum fédéral canadien de 17,75 $ l’heure. Il s’agit d’un revirement bienvenu par rapport aux contrats à deux vitesses, courants ces dernières décennies, qui offraient des salaires et des conditions de travail moins avantageux aux nouveaux arrivants qu’aux employé-es plus anciens.

Le syndicat n’a pas obtenu gain de cause sur l’ensemble de ses revendications et aurait pu en obtenir davantage si la grève avait duré plus longtemps. Il aurait été préférable de poursuivre la grève jusqu’à ce que les membres aient le temps de prendre connaissance de l’accord et de voter. En revanche, cette démonstration de défiance face aux pressions du gouvernement et de l’employeur a permis de remporter une victoire bien plus importante : un coup potentiellement fatal à l’article 107 et une défense historique du droit de grève.

Une victoire pour tous les travailleurs et travailleuses

L’essentiel est que les agent-es de bord aient encouragé les travailleurs, travailleuses, les syndicats et le mouvement syndical à s’opposer aux récentes tentatives des employeurs et des gouvernements visant à affaiblir ce droit fondamental. La plus grande victoire est d’avoir réussi à contrer les tactiques d’Air Canada et du gouvernement. L’article 107 est désormais largement discrédité et les syndicats lutteront pour son abolition. D’autres syndicats en tireront la conclusion qu’il faut suivre l’exemple des agent-es de bord et résister fermement aux tentatives d’intimidation du gouvernement.

Cette victoire renforcera le pouvoir des travailleurs et travailleuses et obligera les employeurs à négocier sérieusement, plutôt que de se tourner vers le gouvernement. C’est un gain pour tous les travailleurs et travailleuses.

Pour en savoir plus sur le contexte de la grève.