Lionel Duval à La soirée du hockey

Le hockey: un sport ouvrier géré par des milliardaires

Au Canada comme partout dans le monde, le hockey inspire, émerveille et divertit des millions de personnes. Cependant, la Ligue Nationale de Hockey est une organisation guidée par le profit, même si cela a des conséquences néfastes pour les fans ou les villes qui abritent les équipes. 

Expansion de la Ligue 

Dans un sondage mené auprès de 20 000 fans, auxquels on demandait quelle ville ils choisiraient pour une nouvelle équipe de la Ligue Nationale de Hockey (LNH), 67% des répondants ont nommé Québec. En effet, même 31 ans après la relocalisation des Nordiques, l’intérêt pour un retour des Nordiques demeure très fort. Cependant, la LNH ne semble avoir aucune intention de ramener l’équipe. Une publication sur le réseau social X de l’agent de la LNH Allan Walsh explique clairement les perspectives de la LNH : “l’expansion de la LNH arrive. Houston et Atlanta.” 

Pourquoi ces deux villes américaines, qui ont historiquement une culture de hockey volatile, plutôt qu’une ville comme Québec, où le hockey est de loin le sport dominant? Le choix d’Atlanta est particulièrement curieux, considérant que, deux fois déjà, une équipe à Atlanta a dû se relocaliser dans un marché canadien pour éviter la faillite (Calgary et Winnipeg). Même si l’exemple des Jets de Winnipeg montre qu’un plus petit marché peut soutenir une franchise rentable,  la ligue considère cette option comme un dernier recours. Les grands marchés comme Houston, qui vit une forte croissance, et Atlanta, la plus grande ville du sud profond américain, sont les  plus intéressants économiquement. 

La ligue demande également un paiement d’au moins 2 milliards USD pour une franchise d’expansion. L’expansion de la ligue dépend donc entièrement  de l’investissement des milliardaires et non du désir de la majorité des fans de la classe ouvrière. Ces milliardaires ne cherchent pas à créer des équipes simplement pour l’amour du jeu, ils font un choix calculé pour maximiser leurs profits. Même si un retour des Nordiques garantirait certainement des milliers de fans et un stade plein à chaque match, le potentiel de partenariats commerciaux avec de grandes entreprises, de diffusion télévisée et de publicité est beaucoup plus important dans un plus grand marché comme Atlanta. 

Comme nous le constatons dans l’ensemble de notre économie, la majorité s’appauvrit et dispose de moins d’argent qu’auparavant pour consommer, ce qui veut dire que l’économie dépend de plus en plus de la consommation des riches. Cela peut expliquer en partie pourquoi Las Vegas est devenue une des villes les plus attirantes pour les ligues professionnelles nord-américaines, puisque la ville est largement bâtie sur le luxe. Notons également la manière dont les milliardaires siphonnent l’argent public pour financer leurs stades, alors même que nos services publics déclinent.

Le hockey nous coûte bien plus que nos dents!

Le hockey est devenu un passe-temps de plus en plus inabordable, que ce soit pour les spectateurs ou les joueurs. Historiquement, Radio-Canada offrait la diffusion de certains matchs, ce qui permettrait à des millions de Canadiennes et Canadiens de regarder ce sport gratuitement. L’entreprise Rogers, après avoir acheté les droits de diffusion nationaux de la LNH pendant une période de 12 ans, a décidé de mettre fin à son partenariat avec Radio-Canada afin d’augmenter le nombre d’abonnements à Sportsnet et, par conséquent, ses profits.

Cette décision a mis fin au programme Hockey night in Canada, qui existait d’une manière ou d’une autre depuis 1931. La saison 2026-2027 sera entièrement entre  les mains de compagnies privées, sans aucune option publique. Cette saison sera donc la plus chère à regarder de l’histoire du hockey. Supposons que vous souhaitiez écouter tous les matchs du Canadien de Montréal, dont la diffusion est répatie entre trois plateformes : RDS, TVA sport et Amazon Prime. Si vous prenez ces trois abonnements, vous devrez payer 53$ par mois, soit un total de 636$ par année. Pour regarder un match en personne, soyez prêt à payer au moins 100$ par billet, sans parler des frais de déplacement et de rafraîchissements sur place. 

Regarder le sport à la télé a son prix, mais le plus cher est de jouer. Le sport offre souvent aux enfants de la classe ouvrière l’occasion de pratiquer une activité qui a des effets positifs sur leur santé physique et mentale, et d’acquérir certaines compétences importantes comme la discipline et l’esprit d’équipe.

L’équipement coûte environ 350$ pour une ou un jeune joueur, et près de 880$ pour une ou un gardien de but. À cela s’ajoutent les frais d’inscription à une ligue, d’entraînement, de remplacement de l’équipement et de déplacement. Le coût du hockey peut rapidement dépasser 1000$ et peut monter jusqu’à plusieurs dizaines de milliers de dollars au niveau compétitif. Il n’est pas nécessaire de se demander pourquoi les familles canadiennes privilégient des sports comme le soccer, qui sont financièrement beaucoup plus accessibles.

Une meilleure ligue est possible!

La LNH est une institution capitaliste dont l’objectif principal est de générer le plus de profit possible. Si cela signifie relocaliser des équipes ou exiger des fans des sommes de plus en plus exorbitantes, elle le fera. La ligue perpétue certains des grands problèmes du capitalisme. 

Comme l’extrême droite, la culture du hockey contribue souvent à perpétuer la misogynie, le racisme et l’homophobie, qui sont des outils de la classe dominante servant à diviser pour mieux régner au sein de la classe ouvrière. La forme la plus répugnante de cette culture toxique est sans doute les nombreux cas de harcèlement sexuel et de viol dans différents milieux du hockey professionnel. Carter Hart, le gardien des Golden Knights de Vegas, bien qu’il ait été accusé de harcèlement sexuel, continue de jouer dans la ligue comme si de rien n’était. 

Le hockey et les autres sports ne sont pas obligés d’être ainsi. Il existe plusieurs exemples d’équipes sportives appartenant à leurs fans plutôt qu’à un seul milliardaire. Les Packers de Green Bay sont la seule équipe dans le sport nord-américain à être entièrement possédée par ses fans et gérée par une entité à but non lucratif, ce qui a permis à la petite ville de Green Bay, au Wisconsin, de conserver une franchise de la National Football League (NFL). 

Les capitalistes ont cependant réalisé à quel point cette alternative constitue une menace pour leurs profits. La loi est conçue pour garantir que les équipes restent dans les mains des riches. Une équipe ne peut pas devenir propriété de sa communauté sans l’approbation de la ligue.

Autrement dit, si la propriété collective menace leurs profits, les équipes resteront entre les mains d’intérêts privés ou risquent de disparaître. La LNH ne va pas magiquement s’améliorer. Pour changer le monde du sport pour le mieux, il faut bâtir le socialisme. Une ligue de hockey socialiste, ça veut dire :

  • Fini les relocalisations! Pour des équipes qui appartiennent entièrement aux fans et aux communautés qui les font vivre;
  • Fini le monopole des milliardaires! Que la diffusion du hockey et la distribution de billets de stade soient gérées démocratiquement par la classe ouvrière et non par les milliardaires pour leurs profits;
  • Le hockey pour classe ouvrière! Le hockey doit arrêter d’être un sport réservé aux riches, jouer au hockey devrait être accessible à toutes et à tous;
  • Un sport inclusif! Que le hockey arrête de baigner dans une culture toxique et qu’il serve plutôt à bâtir la solidarité et la camaraderie entre les travailleuses et travailleurs, les joueuses et joueurs et les communautés.