Le caucus solidaire de la 44e législature

Le socialisme, c’est possible, mais pas avec QS

En vue des élections de l’automne 2026, Québec Solidaire (QS) a dévoilé son slogan de campagne : « C’est possible ! ». Bien qu’il ait évité une perte catastrophique de sièges comme celle subie par la Coalition Avenir du Québec (CAQ), les résultats électoraux montrent que les Québécois n’ont pas adhéré à la vision proposée par QS.

Parmi les cinq principaux partis en lice, QS s’est classé dernier au scrutin populaire (derrière la CAQ !), ne recueillant que 12,4 % des voix – soit 3 % de moins que lors des élections générales de 2022. Mais cela n’a rien de surprenant. Au cours de ses 20 ans d’existence, QS s’est à maintes reprises montré incapable d’être un véritable vecteur politique pour la classe ouvrière. 

Au lieu de construire un parti de lutte qui organise consciemment la classe ouvrière pour la prise du pouvoir, qui la mobilise par la lutte et qui s’efforce d’appuyer son rapport de force politique sur les luttes concrètes, QS se contente de lutter pour des réformes capitalistes presque exclusivement dans les couloirs de l’Assemblée nationale. L’orientation du parti sous la direction de Ruba Ghazal et Sol Zanetti suit cette tendance.

Le programme électoral de 2026

Le programme politique présenté par QS pour les élections de l’automne 2026 en est la preuve concrète. Ce programme aborde bon nombre des crises du capitalisme auxquelles nous sommes confrontées aujourd’hui. Cependant, il manque cruellement  d’une analyse politique des causes profondes des problèmes actuels. Il manque également d’un plan indiquant comment faire aboutir les revendications qu’il contient. 

Le programme ne mentionne pas une seule fois le capitalisme, le socialisme ou la classe ouvrière (mais ses auteurs prennent soin de mettre de l’avant la « classe moyenne » à deux reprises). Dépourvu de toute analyse politique, ce programme n’était en fin de compte qu’une liste de vœux pieux petit-bourgeois en matière de mesures parlementaires. Il était déconnecté de toute compréhension de l’origine des problèmes qu’il prétend résoudre et dépourvu de toute solution relevant de la lutte des classes.

Cette incapacité d’associer un programme à une analyse politique  concrète de la lutte que mènent les différentes classes sociales entre elles a des répercussions importantes. Sans une analyse identifiant le capitalisme comme la source des crises actuelles, QS finit par adopter une approche à peine plus sociale-démocrate que les réformes capitalistes habituelles, sans proposer d’approche fondamentalement différente de celle des autres partis pour s’attaquer aux crises du capitalisme. Les partis capitalistes situés à sa droite n’ont aucun intérêt à formuler des revendications qui remettent en cause le système capitaliste et s’attaquent de front à ces crises, aux contrôle et à la propriété capitaliste. À en juger par son programme électoral, il est clair que QS n’en a pas non plus.

Une action strictement parlementaire

Une deuxième conséquence de l‘analyse politique solidaire (ou de son absence) se répercute sur la manière dont le parti mènent sa lutte et obtient satisfaction. Hormis sa participation à quelques marches publiques occasionnelles, QS limite son combat aux couloirs du Parlement. Au lieu d’appeler et d’organiser démocratiquement des manifestations, des grèves et dela désobéissance civile pour faire aboutir ses revendications les plus fortes et les plus populaires, QS se détourne de la lutte des classes chaque fois qu’elle se manifeste. 

L’exemple le plus récent, lors de la campagne de 2026, a été l’occupation d’un triplex à Verdun par des activistes pour le logement. L’occupation de ce triplex abandonné a directement mis en lumière la crise du logement et soulevé la question de savoir à qui devrait appartenir le logement et dans quel but.

Bien que cet événement se soit déroulé dans l’une des circonscriptions clés pour QS, le parti est resté silencieux. Au lieu de saisir l’occasion offerte par cette occupation pour dénoncer les échecs du capitalisme et appeler à une action plus forte, mieux organisée et plus unie, susceptible de rallier les travailleurs et la travailleuses à cette cause, QS a fait comme si de rien n’était. Quelques jours plus tard, QS  a perdu ses deux circonscriptions du Sud-Ouest de Montréal.

Une exemple inspirant des États-Unis

Comparons cela aux résultats de la campagne socialiste indépendante menée par Kshama Sawant à Seattle durant les 10 dernières années. Alors qu’elle était élue comme conseillère municipale, Kshama était membre de notre organisation sœur aux États-Unis, Socialist Alternative. Elle a constamment utilisé son mandat pour renforcer la lutte des classes et faire aboutir les revendications populaires, même face à l’opposition farouche du Parti démocrate. 

Par exemple, Kshama a été la première élue a mené une campagne victorieuse en faveur du  salaire minimum à 15$/h aux États-Unis. Elle a aussi été la seule au pays à imposer la taxe sur Amazon afin de financer le logement public. Mais Sawant n’a pas remporté ces victoires en se battant au sein du conseil municipal de Seattle. Ces victoires ont été remportées en mobilisant la force des mouvements de la classe ouvrière en dehors de la mairie pour forcer les démocrates réticents du conseil municipal à céder.

À leur tour, lorsque Amazon et les grandes entreprises de Seattle ont imposé un vote pour  révoquer  le siège de Sawant, la classe ouvrière de Seattle a contribué à lui permettre de le conserver. Bien qu’il y ait de nombreuses leçons à tirer du mandat de Sawant, l’une des plus importantes est le fait que la lutte permet de convaincre les travailleurs et travailleuses de rallier la cause politique du socialisme.

Et maintenant ?

Maintenant que les élections de 2026 sont passées, la question demeure : quoi faire et maintenant ? Si QS n’est pas un véritable vecteur politique pour la classe ouvrière, alors la priorité absolue est de créer un nouveau parti politique de la classe ouvrière. Ce parti politique doit être dirigé par et pour les gens qui travaillent. Il doit être ancré au cœur du mouvement syndical et ouvrier. 

L’expérience de QS a montré qu’un parti de la classe ouvrière ne peut pas être construit principalement par des activistes du milieu communautaire,  des universitaires et des petits gestionnaires. S’il est absolument essentiel d’unir les forces anticapitalistes de gauche, nous devons veiller à nous organiser sur une base de classe.

Pourquoi ne pas réformer QS ?

Une question importante qui doit être abordée est de savoir si QS peut ou non être réformé pour devenir un parti de la classe ouvrière. Nous pensons que le contexte actuel rend cela hautement improbable. Cette réponse ne découle pas d’un sectarisme ni de nos désaccords politiques avec leur programme, mais plutôt d’une analyse du caractère de classe et de la base de QS.

Bien que ses textes fondateurs le décrivent comme un parti « voulant dépasser le capitalisme », QS n’a cessé de démontrer que ces mots n’étaient que de vaines formules. Depuis 20 ans, le parti n’a jamais réussi à construire de manière concrète la lutte des classes pour le socialisme. Cela s’explique par le fait que, malgré une rhétorique parfois critique du capitalisme, la grande majorité des parlementaires, des employé·es et des membres de QS n’ont aucun intérêt particulier à faire avancer la lutte des classes ou à lutter pour le socialisme. 

Bien qu’il existe des partisans de QS issus de la gauche socialiste et de la classe ouvrière, ses élu·es et dirigeants politiques sont principalement issus des couches petites-bourgeoises présentes au sein des associations communautaires, des syndicats et du secteur public. Cette direction petit-bourgeoise détient le pouvoir politique au sein du parti et n’a aucun intérêt à le partager avec la minorité de tendance socialiste du parti, ni à la soutenir. 

Un exemple en est la manière dont la direction du parti a réagi aux multiples « scandales » impliquant Haroun Bouazzi. Lorsque ce député de gauche a qualifié l’Assemblée nationale de raciste et de toxique, la direction de QS a refusé de le défendre. Si un « scandale » similaire venait à toucher l’un des députés de QS nouvellement élus, il ne faudrait s’attendre à rien de différent, car rien n’a changé. Dans les cas concernant le député Bouazzi, Ruba Ghazal était déjà co-présidente du parti.

L’élection de quelques députés plus à gauche aurait pu changer l’image du parti. Mais cela n’aurait pas modifié fondamentalement le caractère de classe de QS ni de sa direction. Cela n’aurait pas transformé QS en un instrument de lutte des classes.

Au lieu de consacrer du temps et de précieuses ressources à s’organiser pour réformer un parti qui n’est pas fondé sur nos intérêts de classe (et qui a passé 20 ans à le prouver), les travailleurs et les travailleuses devraient plutôt s’organiser de toute urgence de manière indépendante afin de former un instrument politique qui lutte explicitement pour la classe ouvrière. Cet effort devrait inclure toutes les personnes membres et sympathisantes de QS qui sont véritablement socialistes ainsi que l’ensemble de la gauche syndicale et anticapitaliste québécoise.

Comment se forme un parti ouvrier ?

Il n’existe pas de méthode universelle pour construire un parti ouvrier socialiste. Cependant, à la base, il doit émaner du mouvement syndical organisé. Même si de nombreux syndicats de masse sont aujourd’hui dirigés par des réformistes partisans du syndicalisme d’affaire, les syndicats restent le principal espace où les travailleuses et travailleurs sont le mieux organisés politiquement. Contrairement à QS, la base des syndicats est explicitement ouvrière et ceux-ci constituent des vecteurs de la lutte des classes dont on ne peut en aucun cas se passer.

Au lieu de manifester leur volonté de compromis avec le Parti québécois, ouvertement hostile à leurs revendications et pro-capitaliste, les syndicats devraient débattre de toute urgence de la question d’un parti ouvrier indépendant. Des conférences syndicales démocratiques à l’échelle de la province, s’associant avec les organisations sociales ouvrières, pourraient jeter les bases d’un parti ouvrier véritablement démocratique et socialiste au Québec.

Par exemple, le Front commun de 2023-2024 a rassemblé dans les rues des dizaines de milliers de personnes à travers le Québec pour lutter contre la CAQ en faveur de conventions collectives équitables. Les syndicats n’ont pas saisi l’occasion de canaliser l’énergie et les frustrations des membres pour faire valoir des stratégies de lutte ouvertement politique, alors qu’ils auraient tout à fait pu le faire. 

Le nombre de personnes syndiquées représentées par le Front commun totalisait environ 420 000, soit l’équivalent d’environ 10% de toutes les voix exprimées aux élections de 2026. Le Parti québécois contrôle désormais le parlement québécois avec seulement 28% des voix. Les manifestations de 2024 auraient pu déboucher sur l’organisation d’une conférence provinciale réunissant les syndicats et les organisations sociales progressistes afin de discuter d’une voie politique à suivre pour les travailleuses et les travailleurs durant les élections de 2026, et au-delà. Cependant, le mouvement s’est limité à de simples revendications économiques, et l’occasion politique a été manquée.

La création d’un véritable parti ouvrier au Québec se heurtera à de nombreuses contraintes juridiques : la bourgeoisie ne veut pas que nous en ayons un ! Mais nous ne pouvons pas laisser ces contraintes juridiques entraver l’organisation de la classe ouvrière. Les syndicats doivent s’organiser concrètement contre ces contraintes juridiques et recourir aux méthodes de la lutte des classes pour défendre la création d’un parti ouvrier et l’engagement politique des syndicats dans ce projet.

L’importance d’un front uni

Même si un parti ouvrier de masse n’aura pas un programme parfait (aucun parti n’en aura jamais !), il est essentiel que la classe ouvrière dispose d’un parti politique explicitement organisé sur une base de classe et défendant explicitement les intérêts de la classe ouvrière et le socialisme. La réalité est probablement qu’un parti ouvrier de masse ne sera pas immédiatement révolutionnaire, mais un parti organisé sur une base de classe reste un pas en avant objectif pour les travailleuses et travailleurs.

Même face à un programme réformiste, les socialistes révolutionnaires doivent absolument s’impliquer dans un parti ouvrier de masse. À l’heure actuelle, notre rôle en tant que socialistes révolutionnaires est double : nous devons contribuer à reconstruire un mouvement ouvrier combatif et socialiste, tout en formant une équipe de cadres révolutionnaires qui aidera à faire évoluer la conscience du mouvement ouvrier vers un changement socialiste révolutionnaire.

À ce titre, Alternative socialiste sera un membre actif d’un nouveau parti ouvrier tout en continuant à s’organiser de manière indépendante en tant que socialistes révolutionnaires. Il est impératif que les socialistes révolutionnaires s’organisent de manière constructive au sein d’un parti ouvrier tout en refusant de baisser leur drapeau : nous devons nous organiser et lutter aux côtés des forces les plus puissantes de la classe ouvrière au sein d’un front uni, tout en défendant avec audace notre programme en faveur d’un changement révolutionnaire et socialiste.

Il est possible de s’organiser sur une base de classe et de construire un monde socialiste, mais pas avec Québec solidaire. Si vous souhaitez vous engager dans la lutte pour un nouveau parti ouvrier  pour le socialisme, rejoignez Alternative socialiste !