Dans la soirée du 28 septembre 2026, des activistes de la Coalition contre le logement cher (COLOC) ont commencé à occuper un immeuble d’appartements inoccupé situé sur la rue de l’Église. Cette occupation visait à dénoncer la crise du logement qui frappe le Québec et l’inaction des pouvoirs publics, à tous les niveaux.
Les militants et militantes avaient l’intention d’occuper ce triplex de trois étages jusqu’au jour des élections, le 5 octobre, voire indéfiniment, mais ils ont finalement été expulsés par la police trois jours plus tard, le 1er octobre. Même si cette occupation n’a pas été couronnée de succès, leur initiative courageuse nous offre des enseignements à retenir.
Tout d’abord, nous exprimons notre solidarité avec le COLOC et son action d’occupation. Le triplex occupé était inoccupé depuis des années, tout comme environ 25 000 logements à Montréal et 75 000 ailleurs dans la province. C’est un échec de la société que tant de maisons et d’appartements restent vides, alors que le phénomène des sans-abri ne cesse de s’aggraver partout au Québec.
L’occupation de ces logements vacants dans le cadre de manifestations est un moyen fort de mettre en lumière la contradiction fondamentale quant à la propriété du logement sous le capitalisme. Elle soulève la question de savoir à qui devraient appartenir ces logements et dans quel but: pour loger ou pour faire du profit?
Pour maximiser l’implication et l’impact
Cependant, l’action directe a ses limites lorsqu’elle est menée individuellement ou à petite échelle. Bien que cette action ait été menée par un groupe d’activistes dévoué·es, elle s’est déroulée dans un seul appartement, dans une ville qui compte des milliers d’autres logements vacants et abandonnés similaires. La COLOC se présente comme une organisation bénéficiant du soutien de près de 130 autres associations de défense du logement et organisations sociales à travers la province.
Pour maximiser l’impact d’actions directes telles qu’une occupation ou une grève des loyers, celles-ci doivent être organisées et menées de manière démocratique, et à une échelle suffisamment large pour résister à la répression de l’État. Une série d’occupations simultanées à travers la ville ou la province, menées par des centaines ou des milliers de travailleurs et de travailleuses, serait bien plus difficile à ignorer et à déloger qu’un simple triplex dans un quartier. Des conférences d’action organisées à travers la ville ou la province auraient pu offrir un forum démocratique permettant à d’autres organisations de s’impliquer, de débattre des revendications et de la stratégie, et d’étendre l’action au-delà de Verdun.
Pour établir des revendications radicales
Des revendications fortes sont essentielles à tout mouvement qui visent à obtenir des concessions de la part de la classe dirigeante. Sans revendications concrètes, un mouvement perd ses repères. À ce titre, il est très positif que les militants du COLOC aient consacré leur occupation à exiger trois réformes de la part des partis politiques se présentant aux élections du 5 octobre :
- Contrôle obligatoire des loyers
- L’inscription du droit au logement dans la Charte des droits et libertés de la personne
- Un parc de logements sociaux à la hauteur de la crise du logement
S’il est significatif que les activistes aient assorti leur action de revendications, il est également important de veiller à ce que ces revendications soient de nature à poser la question du pouvoir politique (qui devrait décider, et pour qui). Les revendications ne doivent pas se contenter de proposer une réforme, elles doivent aussi servir à faire avancer vers des conclusions et des actions révolutionnaires.
Alors que l’action radicale consistant à occuper un immeuble vacant permet de mettre en lumière la question de la propriété du logement dans la société, les revendications réformistes avancées par les activistes ne le font pas. Au lieu de revendications qui se contentent de bricoler à la marge de notre système, nous devons avancer des revendications qui identifient le système capitaliste comme le problème et l’organisation socialiste de la société comme la solution.
Parmi les revendications transitoires formulées par Alternative socialiste lors de campagnes précédentes, on peut citer :
Expropriation pour reprendre le contrôle de nos quartiers
- Exproprier sans indemnisation les terrains et bâtiments hôteliers insalubres, vacants ou utilisés illégalement.
- Exproprier les bâtiments dès la première infraction grave au code de sécurité des bâtiments.
- Transformer les résidences touristiques, telles que celles proposées sur Airbnb, en foyers et hébergements publics.
- Réorienter immédiatement le matériel militaire, la fabrication d’armes et les sous-traitants privés du secteur de la défense vers des activités économiques utiles à la classe ouvrière
Taxer les profiteurs et geler les loyers
- Taxer lourdement toutes les grandes entreprises (comme les GAFAM ou Bell à Verdun) ainsi que les grands propriétaires à Montréal (CAPREIT, Fairview) et à Verdun (Cominar, Forgues).
- Geler immédiatement les loyers et les ramener à moins de 20 % du revenu de chaque ménage.
Des quartiers pour la classe ouvrière
- Construire 50 000 logements publics véritablement abordables, sains, de taille décente et économes en énergie, gérés démocratiquement par et pour les locataires.
- Prise en charge publique de la construction de logements et de l’urbanisme municipal.
Des partis politiques indifférents
L’un des principaux objectifs de l’occupation à Verdun était d’attirer l’attention des partis politiques en lice pour le pouvoir durant la campagne électorale de l’automne. Au moment où les militants ont été expulsé·es, le 1er octobre, aucun des grands partis n’était venu leur rendre visite ni ne leur avait apporté son soutien.
Même le représentant de Québec Solidaire qui se présente pour un nouveau mandat dans la circonscription, Guillaume Cliche-Rivard, est resté silencieux. Ironie du sort, quelques heures seulement avant l’expulsion des activistes, la dirigeante de Québec solidaire (QS), Ruba Ghazal, faisait campagne ailleurs à Montréal pour réclamer l’interdiction des expulsions en hiver, mais n’avait rien de concret à dire lorsqu’on l’interrogeait sur l’occupation à Verdun.
La triste réalité est qu’aucun des partis traditionnels du Québec, y compris QS, n’est intéressé par une remise en cause fondamentale du système capitaliste. Même si les revendications des activistes étaient nettement moins radicales que leurs actions, les partis capitalistes (y compris QS) n’ont aucun intérêt à s’associer, physiquement ou politiquement, à des groupes ou mouvements qui cherchent à remettre en cause le capitalisme. Lorsque ces partis s’impliquent dans des mouvements de masse, c’est uniquement parce qu’ils s’y voient contraints par le cours des événements. Même dans ce cas, leur implication se limite à neutraliser le mouvement et à le ramener dans les limites du système, à l’instar de ce qu’a fait le Parti québécois lors du mouvement étudiant de 2012.
Le fait qu’aucun parti participant à cette élection ne défende les intérêts de la classe ouvrière est une catastrophe. L’action directe, à elle seule, ne suffira pas à conférer le pouvoir politique à la classe ouvrière. Pour y parvenir, nous avons besoin d’un vecteur politique. Nous avons besoin d’un parti de la classe ouvrière qui n’hésite pas à mener la lutte des classes et à recourir à l’action directe. Nous avons besoin d’un parti de la classe ouvrière prêt à adopter des positions audacieuses et révolutionnaires, et non pas simplement à se battre tous les quatre ans pour obtenir des sièges à l’Assemblée nationale.
Mais un parti de la classe ouvrière ne va pas surgir de nulle part! Cela demandera un effort conscient de la part des travailleurs, des travailleuses et des socialistes de toute la province.
Si vous souhaitez en savoir plus sur ce qu’il faudra pour construire un parti socialiste de la classe ouvrière au Québec, rejoignez-nous le 10 octobre à 14 h à L’Espace des Possibles, à Montréal, pour notre discussion post-électorale. Vous trouverez plus d’informations et pourrez vous inscrire à l’événement ici !

