panier et inflation

Le Québec dans la crise, le nationalisme et le militarisme

Adopté au Comité national d’Alternative socialiste le 29 août 2026

  1. On sait qu’on est en pleine crise quand la moitié des Canadiennes et Canadiens vivent d’une paie à l’autre, sans parvenir à mettre de l’argent de côté. On le sait, car la moitié de la population est à 200$ ou moins de ne pas pouvoir respecter ses obligations financières mensuelles. On le sait, quand le vol à l’étalage a progressé de 66% depuis 10 ans, dépassant les 180 000 cas. Et ce ne sont que les cas répertoriés.
  1. Tout cela n’est pas surprenant. En mai 2026, le prix moyen d’un litre d’essence a atteint 1,95$ au Québec, une hausse de 27% en un an. Le loyer moyen a augmenté d’environ 30% depuis 2020, tandis que les prix des aliments ont grimpé d’environ 25 à 40%. Nos salaires, eux, ont augmenté d’environ 20% sur cinq ans en dollars courants, ce qui ne tient pas compte de l’inflation.
  1. La hausse des prix provoquée par la guerre des États-Unis et d’Israël contre l’Iran risque de durer encore un moment. Même si le détroit d’Ormuz devait rouvrir complètement dans les prochaines semaines – ce qui est loin d’être garanti – plusieurs économistes estiment que les effets économiques liés à  l’augmentation du coût du pétrole risque de durer encore des mois, voire des années.
  1. Mais cet appauvrissement n’est pas partagé par tout le monde. La richesse des milliardaires du Canada a ainsi augmenté de 20%, mais en 12 mois. Il s’agit de la plus forte hausse depuis la pandémie. Plus on paye cher pour notre nourriture et notre essence, plus ces gens s’enrichissent rapidement. Le 10% des familles les plus riches détiennent environ 53% de toute la richesse nette du pays, tandis que les 40% les moins riches n’en détiennent qu’environ 3%.
  1. L’écart entre les riches et les pauvres s’accélère au Canada. Au début des années 1980, le 10% des plus riches recevait environ 30% du revenu national avant impôt. Maintenant, cette part atteint environ 40%. Si les ultra riches ont autant d’argent à dépenser, c’est parce qu’ils l’ont pris directement dans nos poches. Le besoin de renverser ce système économique est plus urgent que jamais.
  1. Cette situation économique stagflationniste vient tester la direction politique de la classe ouvrière canadienne et québécoise. L’évolution des luttes ouvrières et syndicales se déroule dans un contexte de plus en plus difficile, ce qui fait augmenter la pression de la base sur le leadership syndical par rapport à sa capacité de traduire des luttes en victoires. Coincé dans la collaboration de classe réformiste, le leadership syndical actuel risque de perdre de la légitimité. Cette situation ouvre la porte à une approche politique socialiste basée sur la lutte des classes. 

Les faux espoirs de Carney

  1. L’an dernier, des millions de personnes ont voté pour le libéral Mark Carney, notamment parce qu’il promettait de rendre la vie plus abordable au Canada. Après plus d’un an au pouvoir, c’est plutôt l’inverse qui s’est produit. La croissance de la consommation des ménages, qui constituent traditionnellement un pilier de la demande commerciale, provient de moins en moins de leurs revenus, mais plutôt de leurs épargnes et emprunts.
  2. Même si les intentions de vote demeurent fortes envers le Parti libéral du Canada, surtout au Québec, le taux de satisfaction envers le gouvernement Carney a baissé de 8% en juin, passant de 63% à 55%.
  3. Cette chute risque de se poursuivre, car les choses ne vont pas s’améliorer au niveau mondial. La Banque du Canada a maintenu son taux directeur à 2,25% pour un 11e mois consécutif en septembre 2026, face à une inflation de 3% en juillet jugée «trop élevée». La Banque craint que les événements mondiaux, comme la guerre en Iran qui persiste, mettent en péril la stabilité des prix au Canada.
  4. Le pays a d’ailleurs évité de peu la récession technique au premier trimestre de 2026. Et son PIB a augmenté de seulement 0,8 % au second trimestre. La croissance réelle de l’économie canadienne demeure faible, alors que les prix continuent d’augmenter. Cela signifie que la progression de la production ne suit pas celle du coût de la vie. 
  5. Le gouvernement Carney tente de naviguer dans cette situation en endettant massivement l’État pour financer des investissements colossaux dans le secteur de l’énergie, des ressources naturelles et de l’armement.
  6. Ce contexte force le gouvernement Carney à aller dans des directions contradictoires. Il doit coopérer avec Trump tout en l’affrontant. Il doit signer des contrats avantageux avec la Chine tout en s’en distançant.
  7.  En même temps, cette situation crée un vide au niveau des politiques «progressistes» et pro-ouvrières. Le Nouveau Parti Démocratique et sa nouvelle direction prétendument plus à gauche pourrait combler ce vide. Mais rien n’est moins sûr. Dans tous les cas, les antagonismes sociaux entre les intérêts de la classe ouvrière et de la classe capitaliste se cristallisent, ce qui ouvre la porte au travail politique socialiste révolutionnaire de notre organisation. 

Dépendance économique du Canada envers les États-Unis

  1. Environ 75% des exportations totales du Canada se dirigent vers les États-Unis, ce qui représente plus des deux tiers du produit intérieur brut (PIB) canadien. Il s’agit de la 2e plus forte dépendance envers un partenaire commercial au monde. Le Québec se trouve dans la même dépendance: ses exportations sont destinées d’abord aux États-Unis à près de 76%, puis en 2e place à la Chine (3,4%).
  2. Les pressions économiques et géopolitiques exercées par les États-Unis poussent tous les gouvernements canadiens et leurs partis à adopter des politiques similaires. Les classes capitalistes québécoise et canadienne contrôlent leur État respectif, mais elles ne contrôlent pas leur économie de manière autonome. Cette dernière est dépendante du capitalisme étasunien et mondial.
  1. Malgré des différences rhétoriques, les principaux partis politiques capitalistes canadiens ne peuvent pas affronter les politiques tarifaires et militaristes de l’administration Trump en raison du déséquilibre de puissance économique entre les deux pays.

La guerre commerciale de Trump

  1. Au début de 2025, le président Donald Trump a imposé des tarifs douaniers généralisés sur des secteurs clés, comme le bois d’œuvre, l’automobile, l’acier, l’aluminium et divers biens de consommation. Les gouvernements canadien et québécois ont d’abord réagi en débloquant des millions de dollars pour soutenir les entreprises et en imposant des contre-tarifs de 25% sur divers produits de consommation et biens américains.
  1. Le nouveau premier ministre Mark Carney s’est fait le plus ardent défenseur du nationalisme canadien afin de remporter les élections d’avril 2025. Or, Carney et Legault ont rapidement adopté une approche d’apaisement et de négociation face aux tarifs américains, annulant la majeure partie de leurs contre-tarifs.
  1. Suite aux menaces de Trump envers les pays de l’OTAN, le Canada s’est engagé dès juin à consacrer 5% de son PIB aux dépenses militaires d’ici à 2035, ce qui représente près de 150 milliards $. Notons que la majorité des entreprises de défense du Canada sont de petites et moyennes entreprises sous-traitantes de multinationales américaines, ou dont l’unique client est américain.
  1. Plutôt que de s’éloigner des États-Unis, ce virage militariste plonge le Canada et le Québec dans une plus grande dépendance. Malgré cette concession historique, la confrontation douanière avec Trump demeure et s’articule maintenant autour du maintien d’exemptions prévues par l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM).
  1. Les négociations commerciales entre le Canada et les États-Unis concernant l’ACEUM ont échoué en août 2026. Cela a entraîné l’entrée en vigueur de droits de douane américains de 50% sur des milliards de dollars d’exportations canadiennes, ce à quoi le Canada a répondu en imposant des droits de douane équivalents sur les exportations des États-Unis.

Conséquences au Québec

  1. Toutes ces manœuvres de la part de nos voisins du sud représentent de nouvelles conditions d’affaires pour les capitalistes Québécois. L’État, au service des classes capitalistes nationales, n’a pas d’autre choix que de s’adapter pour libérer la voie aux investissements étrangers. Par exemple, Christine Fréchette, alors ministre de l’Économie, a demandé à Investissement Québec de modifier ses règles pour permettre un soutien étatique à la production militaire. La Caisse de dépôt et placement du Québec ainsi que des banques suivent la même voie. 
  1. En novembre 2025, Radio-Canada a obtenu la liste des neuf projets industriels militaires soutenus par le gouvernement caquiste, d’une valeur d’au moins 11 milliards $. La province est déjà le 2e lieu de production militaire au Canada, en particulier pour l’aérospatiale, la fabrication navale et l’intelligence artificielle. Le Québec compte 26% des emplois dans l’industrie de la défense canadienne. L’adaptation au marché américain de l’armement est très importante pour le Québec. 
  1. Ces investissements – qui ne peuvent être durables que dans un contexte de guerre permanente – vont certes créer quelques emplois bien rémunérés et stimuler l’investissement privé local. Mais ils ne seront capables de redresser la croissance de l’ensemble de l’économie – et donc d’améliorer les conditions de vie de l’ensemble de la classe ouvrière – que si les guerres impérialistes réussissent à garantir l’exploitation continuelle de nouveaux marchés. Le pari du Canada, comme puissance de second ordre, est donc d’aider le bloc militaire américain à sécuriser des gains impérialistes qui pourront ultérieurement profiter à l’économie canadienne. 
  1. En tant que partis capitalistes, la CAQ, le PQ, le PLQ, le PCQ et même Québec solidaire (QS) n’ont pas d’autre choix que d’accepter le rapport de force des États-Unis et poursuivre l’intégration accrue de l’économie québécoise dans le cadre militaro-industriel pancanadien – lui-même intégré à l’industrie américaine – pour tenter de rétablir la profitabilité des grands capitalistes.
  1. En conséquence, ces partis poursuivent les mêmes mesures pour:

afin de financer les dépenses militaires pharaoniques.

  1. La position dans laquelle se trouvent les capitalistes nationalistes est contradictoire. D’une part, ils doivent se faire les champions de «l’autonomie du Québec» dans l’optique de gagner la confiance d’importants segments de la classe ouvrière. D’autre part, les seules avenues économiques rentables consistent à enrichir les entreprises étrangères qui entraînent l’oppression nationale.

Attaques aux droits nationaux

  1. Ce tournant économique fédéraliste et impérialiste pro-américain démasque les projets d’indépendance du PQ et de QS comme un assujettissement visant à sécuriser une position économique avantageuse au niveau international. Pourtant, si le mouvement pour l’indépendance est dans le but de réorganiser notre production afin de répondre à nos besoins, le contexte actuel pose plus que jamais la question de la défense des droits linguistiques et culturels nationaux. 
  1. L’existence de différents groupes nationaux au sein d’un État capitaliste signifie que le groupe capitaliste qui domine la bourgeoisie locale peut profiter – et profitera – de la situation pour diviser la classe ouvrière selon des aspects nationaux ou identitaires comme la langue ou la religion. L’exploitation capitaliste s’articule alors à travers l’oppression nationale et la discrimination. L’administration Trump considère d’ailleurs que les lois linguistiques du Québec sur l’étiquetage en français constituent un obstacle au commerce des entreprises américaines.
  1. Pour éviter de confronter la vraie source de l’oppression nationale, les capitalistes nationalistes de la CAQ et du PQ présentent les Québécois et les Québécoises comme des victimes francophones assiégées par les anglophones et les personnes immigrantes. Ces partis politiques invoquent cette situation pour couper dans l’éducation post-secondaire anglophone et pour baisser les seuils d’immigration. De manière paradoxale, la CAQ coupe aussi dans les services de francisation, qui sont pourtant le vecteur principal d’intégration à la nation québécoise, démontrant les considérations contradictoires qui traversent l’État québécois.
  1. Il est vrai que dans le passé, la classe ouvrière francophone a été opprimée par des patrons presque exclusivement anglophones. Mais les responsables étaient les patrons, pas les anglophones de la classe ouvrière.
  1. De même, les vrais responsables de l’hégémonie culturelle anglophone actuelle sont les grandes entreprises technologiques américaines ainsi que nos propres gouvernements capitalistes.
  1. Les politiques gouvernementales qui misent sur l’achat local et la mise en marché de produits et services locaux servent à camoufler la véritable stratégie macroéconomique de la bourgeoisie québécoise. Ce nationalisme économique «local» vend l’image d’une classe politique qui se soucie des petites et moyennes entreprises, alors que ce sont les grandes entreprises multinationales qui profitent de la majorité des investissements et du support étatique.
  1. Par exemple, les ministres nationalistes qui boycottent les GAFAM sont les mêmes qui entraînent des investissements publics record dans les centres de données et les produits numériques des géants du web. Cette contradiction démontre l’hypocrisie de la classe dirigeante. Elle nous sert toutefois à clarifier le rôle de l’État sous le capitalisme. 

Nationalisme économique

  1. Il y a plus de 60 ans, l’exploitation impérialiste et l’oppression nationale ont constitué le terreau sur lequel ont fleuri des luttes ouvrières victorieuses et les mobilisations populaires pour les droits nationaux francophones au Québec. Cette action a permis à la bourgeoisie franco-québécoise de développer son autonomie face à la bourgeoisie anglo-canadienne et américaine toute puissante grâce au nationalisme québécois. 
  1. L’étatisme et les nationalisations du PLQ, puis du PQ, ont favorisé la consolidation d’une classe capitaliste québécoise. Cette dernière s’est progressivement accaparé une part des leviers économiques et politiques du Québec, auparavant largement contrôlés par une classe capitaliste majoritairement anglophone et étrangère. 
  1. Ces nationalistes capitalistes ont bâti leur soutien populaire en affrontant les forces impérialistes. Désormais, ils utilisent ouvertement l’État pour opérer un virage inverse radical, soit stimuler les investissements étrangers au maximum, ce qui plonge notre économie dans une situation de dépendance encore plus grave.
  1. La filière batterie, axe principal de la stratégie économique du gouvernement caquiste depuis 2020, constitue l’exemple le plus consternant de cette dépendance économique. La production de cette filière – minéraux, composantes de batterie, batterie, véhicule électrique – a pour destination principale les États-Unis.
  1. Selon la vérificatrice générale du Québec, Christine Roy, les investissements «peu planifiés» et sans «suivi rigoureux» dans la filière batterie ont représenté des «risques importants». Dans son audit des 11 principales entreprises soutenues par Québec, Mme Roy constate que quatre sont en faillite (Northvolt, Lion, Taiga, Lithion) – après avoir touché, en moyenne, 89 % des sommes consenties – deux projets ont été suspendus ou abandonnés et trois (Nemaska Lithium, Nouveau Monde Graphite, Ultium CAM) ont vu leurs coûts augmenter de plus de 100%. Les pertes encourues pour l’État québécois se chiffreront en centaines de millions de dollars.
  2.  Un autre exemple est la privatisation du Centre d’excellence en électrification des transports d’Hydro-Québec, reconnu mondialement jusqu’ici. La classe ouvrière voit maintenant très clairement les réelles intentions de nos gouvernements à travers leurs actions, surtout lorsque les investissements publics ne créent pas la croissance économique promise.

Les conséquences politiques du ralentissement économique du Québec

  1. Selon les données de l’Institut de la statistique du Québec, le produit intérieur brut du Québec stagne depuis trois ans. L’indice des prix à la consommation est en hausse historique depuis la fin de la pandémie de COVID-19, entraînant un endettement des ménages qui agit négativement sur la consommation et le PIB. La création d’emploi est en chute libre depuis cinq ans, notamment en raison du ralentissement de la hausse démographique qui repose entièrement sur l’immigration. Pour ajouter l’insulte à l’injure, ce taux a connu une chute marquée ces deux dernières années suite à l’adoption par Ottawa et Québec de politiques restreignant l’immigration.
  1. Tous les partis capitalistes tentent de rétablir la profitabilité du secteur privé en attaquant les droits du travail et en imposant des budgets d’austérité aux services publics pour subventionner de riches multinationales. 
  1. La CAQ a tenté de sortir de la stagnation économique mondiale en imposant à la classe ouvrière huit ans de scandales financiers, de subventions à des multinationales, de cadeaux au patronat et d’attaques contre les services publics et les droits du travail. L’échec de ce jeu politique est venu à bout de l’appui électoral donné à la CAQ. Elle s’est retrouvée au plus bas dans les sondages d’opinion (10%) durant le printemps 2026. 
  1. Plusieurs ministres importants ont commencé à démissionner (Pierre Fitzgibbon, Christian Dubé et Lionel Carmant) lorsque l’appui à la CAQ s’est mis à souffrir dans les sondages en raison des scandales. François Legault lui-même a finalement démissionné de ses fonctions de premier ministre et de chef de la Coalition avenir Québec (CAQ) à la mi-janvier 2026, ouvrant une période de crise à la CAQ.

Le deuxième souffle de la CAQ

  1.  Au même moment, la CAQ a organisé une course à la chefferie opposant Bernard Drainville à Christine Fréchette. Certaines projections prévoyaient alors qu’aucune candidature caquiste ne serait élue le 5 octobre prochain. Toutefois, l’élection de sa nouvelle cheffe, la politicienne de carrière Christine Fréchette, semble avoir permis à la CAQ de regagner une partie du terrain perdu (20%).

Source: qc125.com

  1. Cette dernière s’est rapidement mise de l’avant lors d’annonces d’investissements étatiques déjà prévus en infrastructure ainsi que pour distribuer les chèques «pré électoraux» clientélistes auxquels nous a habitués Legault.
  1. Les politiques de la CAQ semblent avoir été associées à ses démissionnaires de l’ère Legault. Toutefois, au-delà des personnalités et des changements de visages, les mêmes intérêts de classe demeurent derrière leurs politiques.  
  1. Dans tous les cas, le parti de la bourgeoisie souverainiste, le Parti Québécois (PQ), et le parti de la bourgeoisie fédéraliste, le Parti libéral du Québec (PLQ), sont les deux principaux bénéficiaires de l’affaiblissement de la CAQ.

Immigration et politiques xénophobes

  1. Le PQ trône dans les intentions de vote depuis la fin de l’année 2023, en particulier chez les francophones. Ce parti s’est opposé en mots à plusieurs politiques d’austérité caquistes.
  1. Le chef du PQ, Paul Saint-Pierre Plamondon, a surtout réussi à récupérer une bonne partie de l’électorat caquiste en poussant encore plus loin son nationalisme identitaire. Il a joué sur la peur de l’Autre et l’incertitude économique en accentuant le discours et des pratiques xénophobes pour expliquer la dégradation de la situation socio-économique. Les péquistes mobilisent plusieurs enjeux clivants comme la baisse des seuils d’immigration, l’interdiction des signes religieux dans les services publics ou l’abandon (puis la réouverture) du programme d’immigration accéléré du PEQ (Programme de l’expérience québécoise).

Source: statistique.quebec.ca

  1. Ces attaques visent l’accentuation du niveau d’exploitation des populations immigrantes existantes. L’élimination de protections légales ou de l’accès à la citoyenneté réduisent les recours disponibles pour faire valoir leurs droits. Par exemple, les programmes de travailleurs étrangers temporaires du Canada – qui les empêchent de s’installer au pays – sont un terrain propice aux formes contemporaines d’esclavage, d’après l’ONU. 
  1.  La diminution récente de ce flux migratoire, imposé par la CAQ, mais jugée trop faible par le PQ, a déjà d’importants impacts économiques. Pour le secteur agricole, qui emploie le plus haut taux de travailleurs étrangers temporaires (27%), les baisses de seuils d’immigration auront des conséquences significatives sur la profitabilité des entreprises.
  1.  Dès le premier mandat de la CAQ, le patronat a contrecarré son plan de baisser les seuils d’immigration, ce qui allait être nuisible aux profits des entreprises. C’est une des rares situations où les groupes communautaires et un certain segment du monde des affaires étaient d’accord. Le milieu des affaires, ainsi qu’un mouvement de personnes immigrantes et des partis d’opposition, ont mis en échec la première réforme caquiste du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) en 2019, puis la 2e réforme en 2026. 
  1. La diminution de main-d’œuvre immigrante bon marché risque de créer une augmentation de son coût. Les compagnies pourraient choisir d’absorber les pertes pendant un certain temps, mais cela ne pourrait pas durer. Un transfert des coûts vers les consommateurs est à prévoir. Cela signifie une hausse du coût de la vie et une perte de compétitivité de la production québécoise et canadienne.
  2. Bien que les gouvernements tentent de lier les enjeux du coût de la vie aux politiques migratoires, une baisse de l’immigration n’entraînera pas un financement des services publics ou la résorption de la crise d’abordabilité des logements. En fait, les promesses de logements abordables et d’accès au services seront vite brisées.  
  1. Cette situation rend la solidarité ouvrière internationale d’autant plus nécessaire et concrète. Il est essentiel de dénoncer autant la xénophobie nationaliste que le clientélisme identitaire des libéraux envers les personnes immigrantes. Nous pouvons le faire notamment en luttant pour la construction de logements publics dignes pour les personnes immigrantes, un chantier qui pourra servir à en développer pour l’ensemble de la classe ouvrière.  

Remontée du PLQ

  1. La montée du nationalisme identitaire est une période difficile pour le Parti libéral du Québec. Le PLQ a connu une chute d’appui électoral continuelle jusqu’en 2024. Les politiques des libéraux ne représentaient plus une réelle opposition à celles des caquistes. Le PLQ a alors traversé une période de tensions internes. L’élection de Mark Carney à la tête du Parti libéral du Canada, puis l’élection de son gouvernement en avril 2025 semblent avoir eu un impact positif sur la popularité du PLQ.
  1. À l’été 2025, l’arrivée de l’ex ministre fédéral Pablo Rodriguez à la tête du PLQ a aussi rapidement fait monter l’appui électoral. Des allégations de malversation suivies d’une enquête sur le financement de sa course à la chefferie l’ont poussé à démissionner six mois plus tard.
  1. Après une période de stagnation, l’appui électoral au PLQ a entamé une croissance constante après l’annonce, en janvier 2026, du départ de Legault comme chef de la CAQ, puis avec l’arrivée d’un nouveau chef, l’ex-PDG de la Fédération des chambres de commerce du Québec, Charles Milliard, en février.
  1. Cette montée d’appui a connu un pic à 32% en avril, mais décroît depuis l’arrivée de Christine Fréchette à la tête de la CAQ. Milliard pourrait tout de même faire élire un gouvernement libéral minoritaire grâce à la promesse de stabiliser, voire rétablir la croissance économique québécoise. Cela consisterait à mettre son État au service de la grande bourgeoisie canadienne et étrangère, en favorisant un financement accru des entreprises privées et une politique d’immigration répondant aux besoins du patronat.
  1. Milliard affirme son intention de répondre aux demandes des organisations patronales et des grandes entreprises avec des candidatures issues du milieu des affaires et des Chambres de commerce, comme Michel Leblanc, Julie White ou Nancy Labbé.

La lente montée de la droite radicale

  1. Alors que les nationalistes misent sur les politiques identitaires, le Parti conservateur du Québec (PCQ) – en réalité un parti libertarien – capitalise sur la colère populaire en se présentant comme un parti anti-establishment. En début de période électorale, les appuis électoraux au PCQ (14%) dépassent ceux de QS (10%). Le PCQ pourrait d’ailleurs faire élire ses premières candidatures dans la grande région de Québec, en octobre prochain.
  1. Le PCQ mise sur les gens désespérés de trouver une force politique qui développe un programme pour rehausser le niveau de vie des «contribuables» ordinaires en s’attaquant à la corruption, au «gaspillage de fonds publics» et aux élites. Le PCQ désigne aussi les minorités sexuelles, les syndicats ou encore les lois environnementales comme boucs émissaires, servant en fin de compte les intérêts des élites qu’il prétend combattre.
  1. Les gens ne sont pas idiots, racistes ou conspirationnistes lorsqu’ils optent pour la seule alternative qui vise directement les élites parlementaires et les privilégié·es du monde syndical. Ces personnes sont toutefois souvent aveugles ou inconscientes des réels intérêts défendus par le PCQ.
  1. Comme parti de droite radicale, le PCQ ne remet pas en cause le pouvoir des grandes entreprises, des institutions financières et des secteurs dominants de l’économie. Il soutient plutôt que leur encadrement minimal par l’État bénéficiera aux travailleurs et aux travailleuses. C’est de cette manière qu’il faut comprendre la «défense des régions et des immigrants» du chef du PCQ, Éric Duhaime. 
  1. Duhaime a fait déposer un projet de loi par la députée indépendante Maïté Blanchette Vézina visant à décentraliser l’immigration vers les régions pour répondre aux besoins des PME, tout en exigeant une clause de droits acquis pour les travailleurs étrangers affectés par l’abolition du Programme de l’expérience québécoise (PEQ). Mieux que le PLQ, le PCQ de Duhaime s’est ainsi érigé en porte-parole des considérations des organisations patronales du Québec quant à la stabilisation du flux de main-d’œuvre immigrante bon marché grâce au PEQ.
  1.  Tout comme le patronat, le PCQ est en faveur d’une immigration qui sert à augmenter les profits des entreprises, et non pas une immigration qui favorise la citoyenneté et des conditions de vie décentes. 
  1. À la différence des autres partis, le PCQ est plus transparent et agressif politiquement. Cette attitude représente essentiellement l’impatience d’une petite-bourgeoisie d’affaire affectée durement par la crise actuelle. Dans la prochaine période, le soutien au PCQ pourrait augmenter si cette impatience croît au sein de secteurs de la bourgeoisie déçus par les échecs des autres partis à accélérer l’exploitation de la classe ouvrière. 

Une droite hégémonique, mais divisée

  1. En début de période électorale, le PQ (29%) est suivi par la CAQ (24%) dans les sondages, puis par le PLQ (21%). Si on ajoute l’appui au Parti conservateur du Québec (14%), cet appui aux partis des capitalistes a rarement été aussi divisé depuis les dernières décennies. Les différentes fractions de la classe dominante se disputent une hégémonie politique qui risque d’aboutir à un gouvernement minoritaire péquiste.
  1. Cette division des partis de droite ouvre une fenêtre d’opportunité pour la politique indépendante de la classe ouvrière. Toutefois, aucune force crédible, pas même Québec solidaire, n’ose proposer le programme politique et les méthodes de combat nécessaires pour s’attaquer aux causes de la crise du coût de la vie et aux moyens capitalistes pour tenter de rétablir la profitabilité, c’est-à-dire le militarisme et l’impérialisme.
  1. L’apparent retour à un affrontement «souverainiste-fédéraliste» entre le PQ et le PLQ ne doit pas nous faire oublier que, peu importe le gouvernement élu en octobre prochain, il ne modifiera pas l’orientation générale du gouvernement actuel. Comme la CAQ, ces deux partis vont chercher à rétablir la croissance économique dans l’intérêt de la bourgeoisie, qu’elle soit souverainiste ou fédéraliste. 
  1. Autant les caquistes, les péquistes que les libéraux et les conservateurs ont démontré leur plein engagement en faveur de l’austérité, des politiques pro-entreprises et du maintien des orientations impérialistes pro-américaines.

QS : du populisme de gauche au «pragmatisme»

  1. En 2018, le populisme de gauche de la coporte-parole de Québec solidaire (QS), Manon Massé, a créé un réel enthousiasme. Cette approche a fait basculer le vote des principales circonscriptions urbaines et gentrifiées du Québec en faveur de QS. La participation de QS aux mouvements pour un salaire minimum à 15$/h, ainsi que les revendications de la campagne électorale pour la gratuité des soins dentaires et du transport en commun gratuit ont touché beaucoup de gens.
  1. L’avenue populiste a rapidement été abandonnée au profit d’un «pragmatisme» électoraliste purement réformiste, après la prise de contrôle du parti par l’équipe de Gabriel Nadeau-Dubois (GND).  Plutôt que d’opérer un tournant politique encore plus à gauche (comme partout ailleurs dans le monde avec les Sanders, Corbyn et Mélenchon), la nouvelle direction solidaire a entrepris de gagner l’électorat dit «centriste», jugé décisif dans les scrutins, en modérant son discours et son action.
  1. La nouvelle direction solidaire a lutté pour épurer le programme de ses propositions les plus radicales ainsi que pour concentrer le pouvoir entre les mains de l’équipe parlementaire. La bureaucratie de QS a aussi profité de la pandémie de COVID-19 pour attaquer la démocratie interne du parti et combattre ses éléments les plus à gauche. 
  2. Dans cette perspective, la direction de QS a mené une course au vedettariat qui a triomphé avec l’imposition d’une série de candidatures opportunistes et droitistes lors des élections de 2022. Plusieurs n’avaient auparavant aucun lien avec QS. Elles ont flairé la possibilité d’être élues sur la base de valeurs larges et abstraites permettant toutes les interprétations. Le discours et les actions solidaires articulés autour des politiques identitaires, de l’intersectionnalité et du clientélisme ont aussi joué un rôle important dans l’élection des 13 député·es solidaires.
  1. Ce succès électoral, basé sur l’opportunisme, a créé des tensions à la tête de QS, où se sont affrontées différentes tendances centristes et plus à droite. QS s’est enfoncé dans des crises internes, perdant des membres, de l’appui électoral et des élu·es. Émilise Lessard-Therrien a quitté le navire en 2024 suite à une confrontation avec l’équipe de GND. L’année suivante, GND s’est retiré comme chef et a annoncé son départ de la politique partisane.
  1. L’opportuniste Vincent Marissal a quant à lui devancé son expulsion de QS en quittant le parti prématurément. Il s’est brièvement présenté dans Taschereau pour le PQ contre le solidaire Étienne Grandmont, avant d’être éjecté deux jours plus tard par son nouveau chef pour une question «éthique».
  1.  En définitive, près de la moitié de la députation solidaire ne se représentera pas aux élections d’octobre 2026.
  1. La nouvelle direction, composée de la féministe libérale Ruba Ghazal et du nationaliste Sol Zanetti, poursuit la mauvaise trajectoire du parti. Pire encore, QS tend à accepter le déploiement des principaux projets industriels québécois, désormais largement intégrés à l’économie d’armement, pour peu qu’ils s’accompagnent de garanties environnementales, de retombées économiques locales ou de mécanismes de contrôle institutionnel comme le BAPE.
  1. En vue des élections de 2026, QS opère un tournant électoral sur certains enjeux du coût de la vie, accusant un retard d’un cycle électoral sur les autres partis politiques. Sa nouvelle plateforme électorale marque un virage à droite par rapport aux précédentes. Elle est moins concrète et vise spécifiquement les jeunes familles urbaines nanties. En conséquence, les propositions solidaires répondent de moins en moins aux besoins des gens. Ceci explique en partie le déclin électoral de QS, le parti étant incapable de convaincre la classe ouvrière que ses mesures tièdes pourront améliorer ses conditions de vie.
  1. Sans base ouvrière, QS s’est cristallisé en un parti réformiste mobilisant et représentant les intérêts d’une intelligentsia urbaine et aisée évoluant dans le milieu culturel, celui de l’enseignement et autour des groupes communautaires et coopératifs.
  1. Les activistes ainsi que l’électorat intéressés par la démocratie active et une approche anti-establishment ont été déçus et se sont détournés de QS. Il ne semble pas y avoir de nouvelles couches militantes radicales qui entrent chez les solidaires.

QS, intégré au parlementarisme

  1. Durant la dernière décennie, QS a peaufiné une stratégie de relations publiques centrée sur sa «crédibilité» parlementaire. Sa direction a tenté de positionner QS comme une opposition parlementaire moralement supérieure aux autres partis, tout en évitant d’être perçue comme trop radicale par les médias de masse. Les opérations de relations publiques visant à positionner QS comme un parti progressiste «raisonnable»  aux yeux des classes dominantes a été un des éléments centraux de l’ère de Gabriel Nadeau-Dubois et de son entourage.
  1. En conséquence, l’objectif du parti n’a jamais été de s’enraciner dans les communautés, de devenir l’expression politique des luttes ouvrières et de prendre le leadership de luttes d’envergure contre le gouvernement caquiste et son écosystème capitaliste. Les élu·es solidaires ont plutôt misé sur un discours de collaboration basé sur la rationalité afin de convaincre leurs «collègues» de la CAQ qu’ils et elles sont tous là pour représenter le Québec, toutes classes confondues.
  1. En conséquence, de larges pans de la base militante active et radicale de QS, considérée comme acquise par la direction, ont quitté le parti. La faible participation du dernier congrès de QS –  à peine 200 personnes en pleine année électorale – contraste avec les 600 ou 800 personnes présentes lors de congrès passés.
  1. Les prochaines élections seront un test ultime pour QS. La petite bourgeoisie urbaine voudra maintenir ses conditions sociales, mais la capacité de QS de l’aider à y parvenir est lourdement remise en question. Les circonscriptions solidaires votent déjà, parfois même depuis des décennies, pour les partis historiques de la bourgeoisie canadienne, en particulier lors des élections fédérales avec le Parti libéral du Canada. Le pari solidaire de miser sur cette «classe moyenne» risque fortement d’échouer en 2026. En l’absence d’un pôle politique ouvrier fort, la petite bourgeoisie québécoise basculera du côté de la bourgeoisie pour sauver ses privilèges, aux dépens des intérêts de la classe ouvrière.
  1. En définitive, l’appui électoral de QS est passé de 15% des voix en 2022, à 9% au début de l’élection. Seulement 4 des 13 député·s solidaires sont en avance (plus de 5%) sur leur opposition. Pour QS, perdre 9 élu·es provoquera une crise interne importante.
  1. Le contexte de crise économique doublé par la popularité de socialistes autodéclarés comme Zohran Mamdani à New York et Avi Lewis à la tête du NPD fédéral pourrait créer un momentum pour un changement de direction radical à QS. Cependant, l’absence d’un pôle socialiste ouvrier dynamique et enraciné dans le parti rend ce scénario peu probable. La direction a bien tenté de débaucher une vedette de la gauche avec l’arrivée d’Alexandre Boulerice du NPD, mais sans retombées notables.
  1. QS devra aussi faire face à de nouvelles pressions opportunistes pour fusionner avec le PQ. Dans tous les cas, peu de scénarios pointent vers un regain d’intérêt significatif de la part de la jeunesse et de la classe ouvrière envers QS. Cette situation ne fait pas de QS un lieu d’organisation fructueux pour les socialistes révolutionnaires. 

Classe ouvrière contre la guerre

  1. Selon un sondage Léger, les priorités politiques des Québécoises et des Québécois demeurent la santé et les services sociaux, le coût de la vie ainsi que le logement. Pas la défense ni l’armée, malgré le fait que tous ces enjeux soient interconnectés.  Engouffrer des milliards de dollars en argent public dans les poches des multinationales de la filière batterie ou de l’armement constitue un choix politique qui se traduit en coupures de services publics et en hausse du coût de la vie pour la classe ouvrière.
  2. Près de 60% des Canadiennes et Canadiens s’opposent aux bombardements des États-Unis et d’Israël contre l’Iran. Seulement 25% appuient l’intervention militaire. De plus, 91% disent craindre que le conflit fasse grimper le prix de l’essence et de l’épicerie et 82% s’inquiètent du fait que la guerre puisse contribuer à une récession mondiale et à des pertes d’emplois au Canada. D’ailleurs, près de la moitié des Canadiennes et Canadiens pensent qu’Israël a commis un génocide à Gaza.
  3. Bien que tous les ingrédients soient là pour organiser une campagne anti-guerre, aucune organisation politique ou ouvrière n’ose franchir le pas en liant les décisions politiques prises en faveur de la militarisation et l’appauvrissement de notre classe. 

Opposition réformiste formelle

  1. La direction de QS, comme des grands syndicats, s’opposent aux guerres impérialistes et à l’industrie de l’armement en mots et en discours. Toutefois, elles refusent généralement d’en tirer les conclusions économiques et politiques qui s’imposent. Elles dénoncent les conséquences du militarisme sans remettre fondamentalement en cause les projets industriels, les investissements publics et les mécanismes économiques qui alimentent l’économie de guerre. Si QS se limite à dénoncer les multinationales de l’armement, c’est pour mieux oublier les entreprises bien de chez nous qui sont indirectement liées à l’industrie de guerre.
  1. Les parlementaires solidaires s’enlisent dans les contradictions du nationalisme économique capitaliste, malgré leurs critiques moralistes envers Trump et le «fascisme tranquille». En bon parti réformiste, QS priorise la croissance économique du Québec et la performance de ses industries. En même temps, QS veut que cette croissance finance les services publics mis à mal… par cette même approche économique.
  1. La direction de QS, tout comme celles des grands syndicats, ne veut pas assumer ouvertement la raison d’être des nouveaux projets industriels québécois d’envergure: l’intégration de l’économie québécoise à la nouvelle stratégie canadienne et américaine d’économie d’armement. Mais cela ne les empêche pas d’appuyer ces projets pour les emplois qu’ils procurent.
  1. Sans un retournement de situation aussi radical qu’improbable –  dans lequel le mouvement ouvrier s’emparerait de QS pour en faire son parti de lutte anti-impérialiste – , QS risque de continuer sa dérive capitaliste et nationaliste actuelle.

Stopper le militarisme, sortir du Canada

  1. Si l’appui à la souveraineté du Québec est actuellement si bas, c’est en partie parce que le projet souverainiste du PQ et de QS est une stratégie de capitalistes faibles, remplie de contradictions, qui tentent de tirer leur épingle du jeu de l’impérialisme américain. Leur projet de souveraineté est un réaménagement institutionnel compatible avec le maintien des rapports économiques capitalistes avec le Canada et les États-Unis.
  1. Ce projet peine à susciter l’enthousiasme populaire, avec raison. Les nationalistes capitalistes sont incapables de présenter l’indépendance du Québec comme une solution concrète aux problèmes concrets des gens. Le chef du PQ reconnaît d’ailleurs qu’un référendum rapide sur l’indépendance causerait des risques économiques auxquels il ne veut pas s’exposer. Chez QS, l’indépendance du Québec est abordée comme une question d’éthique légale, expliquée dans Le livre qui fait dire OUI, un recueil d’argumentaires transclasses promu par QS. Il s’agit d’un enjeu moral d’éducation populaire qui vise un ralliement collectif autour de valeurs «inclusives».
  1. À l’intérieur du Canada, les travailleuses et les travailleurs du Québec sont soumis à un État qui participe activement à des politiques économiques profondément impopulaires telles la militarisation de l’économie, l’extraction d’hydrocarbures et de minerais ainsi que la défense des intérêts du capital américain. Le Canada est un État subordonné et étroitement intégré à l’économie des États-Unis. Il est donc impossible pour la population du Québec – ou de toutes autres provinces ou territoires –  de rompre avec l’impérialisme américain tout en demeurant au sein d’un Canada capitaliste.
  1. Aucune libération nationale complète n’est possible en Amérique du Nord sous le capitalisme. Même si une indépendance «formelle» pourrait être théoriquement instaurée dans le cadre du capitalisme, la lutte pour la libération nationale complète nécessite de transformer la lutte nationale en lutte socialiste nord-américaine. Et cette lutte commence maintenant.
  1. La lutte pour l’indépendance du Québec demeure un premier sujet d’éveil politique pour une partie importante de la jeunesse. Mais il ne s’agit pas uniquement d’un projet identitaire lié à la culture et la langue. Le mouvement de libération nationale est un levier incontournable contre l’impérialisme américain, Trump ou le génocide à Gaza.
  2. Si, de manière improbable, le PQ en venait à prendre le pouvoir et à organiser un référendum sur l’indépendance, le rôle des marxistes révolutionnaires serait d’appuyer l’indépendance, tout en dénonçant frontalement le projet capitaliste et hypocrite des nationalistes qui mènent la campagne pour le OUI.
  1.  Les nationalistes sont incapables de mener le projet d’indépendance du Québec à terme. Ils n’offrent que des gestes symboliques et une situation où le Québec devient un nouvel appendice de l’empire américain. Cette avenue ne peut être réalisée qu’en jetant une partie importante de la classe ouvrière en pâture, c’est-à-dire en accentuant sa division et son exploitation, en particulier sur des lignes identitaires.
  1. La lutte démocratique pour l’indépendance du Québec peut inaugurer un cycle de lutte de libération nationale culminant par une révolution socialiste qui détruira l’État capitaliste canadien et américain.
  1. Seule l’organisation des différentes classes ouvrières nord-américaines permettra de se débarrasser des dynamiques d’échanges et de production capitalistes. Seule cette solidarité internationale permettra une véritable libération nationale des peuples et des nations du continent nord-américain.

Militarisme et monde du travail

  1. On ne peut pas se dire antimilitariste et accepter le fonctionnement de l’économie capitaliste. Il est incohérent de dénoncer les guerres, mais de célébrer les investissements dans les secteurs liés à l’armement en raison des emplois qu’ils génèrent.
  1. Les grands syndicats représentent les employé·es de compagnies d’armement, telles General Dynamics, ou du secteur de l’aérospatiale, comme Héroux-Devtek. Il est légitime que ces syndicats se battent pour de meilleures conditions de travail. Mais il est hypocrite qu’ils dénoncent, par exemple, le génocide à Gaza tout en refusant d’intégrer dans leur contrat de travail des clauses contre la production ou le transport de matériel servant à commettre les crimes de guerre d’Israël (hot cargo).
  1. Ces directions syndicales dévoilent leur double jeu en se rangeant du côté des entreprises et de leurs emplois lorsque c’est à leur avantage économique. Les antagonismes de classes s’amplifieront dans la prochaine période. Les membres devront choisir entre tenir leurs directions au pas contre la production de guerre, ou faire partie de syndicats qui supportent tacitement l’impérialisme américain.
  1. Des syndicats qui veulent réellement s’opposer à la guerre et à l’impérialisme mettraient la solidarité internationale au service de la classe travailleuse dans son ensemble.
  1.  Seule une attaque frontale à la propriété privée des entreprises et à leur profitabilité peut offrir une réelle solution aux membres des syndicats. Pour y arriver, il faut dépasser le cadre légal strictement syndical et organiser des luttes grâce à une structure proprement politique qui englobe toutes les personnes syndiquées et non-syndiquées; un parti socialiste ouvrier. Ainsi réunies, les luttes syndicales et socialistes pourraient mettre de l’avant des revendications de nationalisation des usines d’armement et de reconversion de leur production pour des usages civils productifs. 

Autoritarisme contre le mouvement ouvrier

  1. Les gouvernements capitalistes actuels prennent tous un tournant autoritaire, attaquant frontalement la classe ouvrière pour rétablir la profitabilité. Ainsi, le mouvement ouvrier affronte de plus en plus l’État capitaliste, ses lois antisyndicales, ses tribunaux partisans et sa police répressive.
  1. Le déploiement de l’autoritarisme québécois s’est exprimé par une série de réformes importantes des services publics, passées sous bâillon (PL15, PL40, PL69, PL93). Après le Front commun du secteur public en 2023-2024, le gouvernement Legault a lancé une vague d’austérité brutale et sans précédent, spécialement en éducation et en santé. Les projets de centralisation des structures, comme Santé Québec (PL15), ont été pensés pour stimuler les investissements en intelligence artificielle et flexibiliser les emplois.
  1. En outre, plusieurs lois viennent attaquer directement les droits des travailleurs et travailleuses. Le projet de loi 89, devenu à la fin mai 2025 la Loi visant à considérer davantage les besoins de la population en cas de grève ou de lock­­-out, limite le droit de grève en élargissant la notion de services essentiels ainsi qu’en permettant d’imposer l’arbitrage. En octobre, le projet de loi 101 a été sanctionné pour réformer plusieurs lois du travail. Cette nouvelle loi augmente les amendes infligées aux salarié·es et à leurs organisations en cas de grève illégale. Elle impose aussi un régime discriminatoire de santé et de sécurité du travail pour les travailleuses et travailleurs des secteurs de la santé et de l’éducation. 
  1. Finalement, la réforme du régime syndical (Projet de loi 3) du ministre du Travail Jean Boulet a été adoptée au printemps 2026. Elle cible directement le fonctionnement interne des syndicats. Elle s’inspire des politiques de type right-to-work aux États-Unis, qui visent à affaiblir la capacité politique et sociale de la classe ouvrière organisée. Avec cette nouvelle loi, une partie de la cotisation syndicale — celle destinée aux activités politiques et sociétales — deviendrait facultative. De plus, le cadre des votes de grève et de la publication des états financiers des syndicats a été revu.

Résistance syndicale symbolique inefficace

  1. Avec toutes ces lois, les organisations syndicales risquent carrément leur peau. Mais tout ce que les grandes directions syndicales sont capables d’organiser pour y résister est une série de campagnes de relations publiques, d’actions symboliques et de lobbyisme auprès du gouvernement. 
  1. Les campagnes de relations publiques dirigées vers le gouvernement (Faire front, Vraiment public, Tout sauf santé) ont toutes été inefficaces à freiner les attaques. Aucun appel à la raison et au dialogue, aucun discours de victimisation n’a changé la trajectoire du gouvernement. 
  1. Certaines campagnes ont toutefois eu de l’impact lorsqu’elles se sont alignées avec les priorités économiques dominantes. Cela a notamment été le cas avec la campagne de boycott d’Amazon, basée sur le nationalisme économique et l’achat local. Le Secrétariat du Conseil du Trésor a finalement interdit à tous les organismes publics de transiger via «une plateforme d’achat» en ligne sans l’approbation du ministère concerné, au profit de «l’achat québécois».
  1. La revendication du boycott n’est pas problématique en soi. Mais la campagne le devient lorsque le boycott constitue son seul horizon, ce qui dépolitise la lutte et la rend strictement individuelle. Présente au tout début de la campagne Ici, on boycotte Amazon, la revendication d’expropriation des installations d’Amazon a vite été balayée sous le tapis au profit d’une approche basée sur les démarches de remboursement légal et de boycott institutionnel.
  1. De par leur position dans l’élite sociale capitaliste, les directions syndicales sont enfermées dans une approche de partenariat social basée sur le nationalisme économique et les investissements qui en découlent. Elles refusent de mettre sur pied des campagnes militantes qui remettent en cause les droits et les lois des capitalistes. Les directions syndicales propagent même l’illusion qu’un parti comme la CAQ pourrait répondre aux besoins des travailleuses et des travailleurs s’il les écoutait.
  1. Même les actions les plus militantes laissent un goût amer lorsqu’elles sont instrumentalisées pour des objectifs symboliques dirigés vers le gouvernement. C’est le cas de la seule manifestation nationale d’envergure organisée par le mouvement syndical contre la CAQ, le 29 novembre 2025. Ayant rassemblé environ 50 000 personnes, elle s’est terminée par un appel flou à se revoir prochainement dans la rue, sans plus de précision. L’objectif de telles manifestations devrait être de construire la lutte sur le long terme, de paver la voie à un authentique mouvement social, de préparer de nouvelles batailles et de politiser les membres.
  1. Ce pétard mouillé représente le pinacle de la stratégie perdante des directions syndicales. La manifestation a été organisée à la veille de l’entrée en vigueur de la loi 14 (PL89) et pour dénoncer le projet de loi 3. Ces efforts auraient eu un impact beaucoup plus fort s’ils avaient été canalisés durant l’automne, pour appuyer les employé·es d’entretien de la STM – menacés personnellement par Boulet – dans une campagne d’actions directes. Mais la stratégie syndicale a plutôt été d’écarter toute action pouvant être jugée illégale afin de laisser la place à la négociation, sans rapport de force, avec un gouvernement qui possède toutes les cartes dans son jeu.
  2. Le leadership syndical est matériellement vulnérable à la répression légale et judiciaire du gouvernement. Les représentantes et les représentants syndicaux peuvent écoper d’une amende s’ils encouragent des gestes illégaux. De plus, un syndicat fautif peut aussi être appelé à payer une amende salée. Or, la bureaucratie syndicale dépend des fonds syndicaux pour recevoir salaire et bénéfices. Pourquoi les mettre en péril?
  3. Pour passer ce goulot d’étranglement, les syndiqué·es devront exercer leur pouvoir démocratique au-delà des limites imposées par leur direction. C’est pour cela qu’il faut politiser le travail syndical et alimenter les structures démocratiques afin d’impliquer et de mobiliser un maximum de travailleurs et de travailleuses. Ce travail doit également se faire entre les négociations. Si la lutte doit se mener à l’extérieur du cadre légal et syndical, les membres d’un syndicat doivent être outillé·es pour le faire.

Radicalité de façade

  1. Pour cacher ses échecs répétés, les bureaucraties syndicales se réfugient derrière une apparence de radicalité en brandissant leur héritage militant, les symboles les plus radicaux et les plus grands principes humanistes. Elles invoquent souvent les Fronts communs intersyndicaux des années 1970 pour y arriver. Les bureaucrates syndicaux omettent toutefois de mentionner que l’ensemble des gains de cette période découlent d’une confrontation directe avec l’État, de grèves illégales, de peine d’emprisonnement, d’amendes et de l’organisation politique de l’ensemble de la classe ouvrière.
  1. Le militantisme des grandes centrales syndicales, en particulier à la CSN, se vit principalement à travers ses appels à des mobilisations ponctuelles. Les actions concrètes qui peuvent être réalisées sur les milieux de travail sont omises des plans d’action. Ces derniers consistent plutôt à mobiliser les membres de manière routinière lors de manifestations symboliques, de saison en saison. C’est une méthode de mobilisation qui fait principalement appel à des syndiqué·es libéré·es et payé·es pour le faire. La présence de syndiqué·es de la base ne leur est pas nécessaire. Avec cette méthode, le potentiel de mobilisation est étouffé et les élu·es gardent le contrôle sur les discours et les méthodes de lutte.
  1. Suivant la manifestation du 29 novembre 2025, les groupes communautaires et les syndicats ont visé le traditionnel 1er mai comme prochain rendez-vous. En date du 1er mai 2026, les personnes présentes – moitié moins nombreuses qu’en novembre – se sont fait dire de revenir dans 5 mois, pour un «automne chaud». Mais ce sont les élections provinciales, auxquelles ne participent pas les syndicats, qui se déroulent cet automne. La stratégie derrière ces parades routinières ne permet pas de bâtir un rapport de force. Cet immobilisme politique est de moins en moins acceptable pour les membres qui voient leurs conditions de vie s’effriter d’année en année.
  1. Cette situation dévoile la position secondaire qu’occupent les syndiqué·es par rapport à leur direction. Une frange de syndicalistes de gauche, plus militante, constate cette problématique et propose l’approche Mieux s’organiser pour gagner, telle qu’enseignée lors des conférences Labor Notes de Chicago. Grosso modo, cet événement propose d’outiller les membres de la base des syndicats afin qu’ils se mobilisent et mènent eux-mêmes leur campagne. Cette approche est essentielle pour revenir aux sources d’une stratégie gagnante dans les conflits de travail.
  1. Toutefois, ses défenseurs se limitent à l’aspect purement économique des demandes syndicales, alors que la situation nécessite une approche politique frontale, non seulement contre les patrons, mais contre l’État capitaliste qui les supporte. L’application de ces principes en politique socialiste indépendante donnerait des résultats beaucoup plus percutants pour la classe ouvrière.  

Sous-traitance militante

  1. L’une des erreurs les plus graves des bureaucraties syndicales actuelles consiste à sous-traiter leurs luttes politiques à leurs homologues des directions des organismes communautaires. Ces groupes communautaires n’ont ni la représentativité, ni la composition sociale, ni les méthodes, ni les objectifs pour en faire des alliés stratégiques de la classe ouvrière.
  1. Début avril 2026, plus de 1 800 groupes communautaires sur les 10 300 que compte le Québec ont terminé, sans succès, deux semaines de suspension de leurs activités pour réclamer un meilleur financement de l’État. Même si ces actions démontrent que le gouvernement délaisse les plus souffrants de notre société, elles ne sont pas suffisantes pour établir le rapport de force nécessaire dans un contexte de ralentissement économique. L’approche institutionnelle et symbolique du milieu communautaire le condamne à quémander des ressources et à miser sur la victimisation des pauvres. Comme ces actions n’ont eu aucun impact sur la profitabilité d’un secteur économique ou la politique parlementaire, elles n’ont eu aucun impact sur le gouvernement. 
  1. La campagne ratée de «grève sociale» du 1er mai 2026 est un exemple affligeant de sous-traitance syndicale et de performativité symbolique inefficace. Durant les dernières années, plusieurs conflits de travail majeurs se sont déroulés au Québec. Toutefois, aucun des grands syndicats engagés dans ces conflits n’a choisi de maintenir ouvertement une grève en défiant la loi. Cet état de fait n’a pas empêché des syndicalistes ultra-gauchistes d’élaborer un appel à une grève générale nationale et illégale le 1er mai 2026. 
  1. Portée par le Conseil central du Montréal métropolitain CSN (CCMM-CSN), la «grève sociale» du 1er mai a été majoritairement endossée par ses «alliés» appartenant aux groupes communautaires. Seulement 5% des syndicats représentés par le CCMM-CSN ont signé l’appel, dont la majorité représentent le corps enseignant de cégeps montréalais. Seule la moitié de ces syndicats (10) ont finalement adopté un mandat de grève illégale effectif seulement si une quinzaine de syndicats représentant plus de 7000 membres adoptent le même. 
  1. La «grève sociale» n’a finalement touché aucun·e syndiqué·e du Québec, faute de plancher de participation pour assumer l’illégalité de l’action. Seuls deux cégeps ont été effectivement bloqués, notamment en raison des actions étudiantes.  Cyniquement, cette opération fait partie des multiples interventions du CCMM-CSN où il se montre radical en parole, tout en mentionnant en coulisses qu’il n’y aurait pas de vraie campagne ni de gestes illégaux. De la même manière que les petites bureaucraties du mouvement communautaire, le CCMM-CSN voit la substance de son action dans les intentions, non pas dans les résultats.
  1. Organiser et mobiliser les syndiqué·es du Québec en grève sociale nécessite de débattre le plus largement possible des objectifs, des revendications concrètes et de l’efficacité des moyens d’actions du mouvement. Cela nécessite également d’impliquer activement les communautés impactées et de lui faire porter les mêmes revendications concrètes que les grévistes.
  2. Le recours à l’approche des groupes communautaires et à leur appui constitue la preuve que le CCMM-CSN fait abstraction de la participation de ses propres membres dans ses propres actions. Il n’a visiblement guère à faire de l’établissement d’un réel rapport de force. La tenue de la Foire populaire du CCMM-CSN à l’occasion de la fête du Travail 2026, à laquelle aucun syndicat ne participe officiellement, est un autre exemple de la «dérive communautaire» du CCMM-CSN. 
  1. Le travail à faire pour tout socialiste consiste à expliquer patiemment les désavantages de cette approche symbolique aux syndiqué·es de la base et de proposer des actions alternatives pouvant réellement aider à établir un rapport de force afin de gagner les luttes et améliorer leur qualité de vie de manière significative. 

Pour l’action politique du mouvement ouvrier 

  1. En résistant contre l’État et ses lois, les travailleuses et les travailleurs n’ont pas le choix de porter leurs luttes à un niveau politique. Ils et elles posent alors la question du pouvoir gouvernemental: qui doit voter les lois et dans l’intérêt de qui? 
  1. Par exemple, lorsque les agentes et agents de bord d’Air Canada ont défié illégalement les lois antisyndicales, leur rapport de force économique s’est transformé en rapport de force politique: le gouvernement a reculé. Mais ce rapport de force politique ne peut pas s’étendre à l’ensemble de la classe ouvrière sans dépasser les limites propres aux organisations syndicales. Pour inclure la classe ouvrière dans son ensemble, il faut un organe politique qui s’adresse à celle-ci. Cet instrument est un parti ouvrier socialiste et révolutionnaire.
  1. Les capitalistes ont leurs intérêts et leurs partis politiques pour les défendre. Ils comprennent la menace que représente un parti ouvrier, indépendant de l’État et des puissances de l’argent. C’est pour cette raison qu’en 1977, le gouvernement péquiste de René Lévesque a interdit aux syndicats de pouvoir financer un parti politique.
  1. La classe ouvrière a ses propres intérêts et ses propres revendications. Mais elle ne peut compter que sur elle-même pour les défendre et les imposer sur la scène politique. Aucun parti politique capitaliste existant n’ose défendre les revendications ouvrières jusqu’au bout, en s’exposant à la répression policière, judiciaire et politique. 
  1. Aujourd’hui, la classe ouvrière existe en soi : elle travaille, lutte, fait tourner les services sociaux, les commerces, l’administration publique, etc. Mais elle n’existe pas encore pour soi, c’est-à-dire comme force politique consciente et organisée qui comprend qu’elle doit diriger la société.
  1. Il existe pourtant un appétit, notamment au sein de syndicats locaux, pour discuter et développer des stratégies allant dans la voie de la représentation autonome du mouvement ouvrier dans le champ de la politique parlementaire.
  1. Or, les bureaucraties syndicales n’ont aucun intérêt à bâtir un parti socialiste ouvrier qui outrepasse leur structure et concurrence leur influence. C’est pourquoi elles poussent leurs membres vers un apolitisme qui se traduit, directement ou non, par un appui aux partis capitalistes «les moins pires», en particulier le PQ et QS. 
  1. Les bureaucraties syndicales conservatrices, tout comme les activistes syndicaux les plus ultra gauchistes, refusent d’organiser les membres de la base dans des campagnes qui joindraient les enjeux économiques de leurs conventions collectives aux enjeux socio-politiques concrets affectant toute la classe ouvrière. Ces deux tendances refusent l’optique de la conquête du pouvoir politique par la classe ouvrière elle-même. En se réfugiant derrière la «neutralité politique» et le «vote stratégique», les bureaucraties syndicales et les ultra gauchistes se démasquent en défendant un statu quo dans lequel la classe ouvrière ne contrôle rien.
  1. Toute forme de refus à s’engager dans la construction d’une organisation politique socialiste issue de la classe ouvrière et indépendante des classes bourgeoises joue le jeu des capitalistes et de leurs gouvernements.

Candidatures ouvrières

  1. L’absence d’un parti ouvrier socialiste empêche l’expression politique indépendante de la voix des travailleuses et des travailleurs. Mais en vue des prochaines élections provinciales, il est toujours possible de présenter des candidatures indépendantes socialistes et révolutionnaires issues du monde du travail. Cela viendra démontrer qu’il est possible de présenter une alternative politique, tout en mobilisant les éléments les plus avancés du monde ouvrier vers l’élaboration du parti ouvrier.
  1. Il est temps de lancer les discussions sur la construction d’une organisation politique ouvrière socialiste, démocratique, enracinée dans les milieux de travail et dans ses luttes. Une telle organisation permettra à la classe ouvrière de passer de la défense à l’offensive, et de devenir une force capable de gouverner et de transformer la société pour mettre un terme aux oppressions et à l’exploitation.
  1. Rassembler des syndicalistes afin d’élaborer un programme de revendications syndicales touchant l’ensemble de la classe ouvrière, puis désigner des candidatures socialistes et révolutionnaires pour défendre ce programme constituerait la première étape dans la construction d’un parti ouvrier socialiste.