Zohran Mamdani. Photo: Richard Drew/AP Photo

Victoire historique de Zohran : en avant contre Trump et le Parti démocrate

Dans une victoire historique, Zohran Mamdani – qui se décrit lui-même comme un socialiste démocrate – a battu l’ancien gouverneur très impopulaire Andrew Cuomo pour devenir maire de la ville de New York, le siège de Wall Street et l’épicentre du capitalisme américain. Avec presque tous les votes comptés, Zohran a remporté une majorité de 50,4% dans une course à trois. Les New-Yorkaises et New-Yorkais lui ont donné le mandat de lutter contre la crise d’abordabilité des logements à l’aide d’un programme audacieux, mais vilipendé par les grandes entreprises et une grande partie de l’establishment politique.

Cuomo a rencontré Trump, après que le président l’a soutenu, en considérant Zohran comme une menace existentielle. Une menace plus grande, semble-t-il, que Trump lui-même. Cette frange réactionnaire de l’establishment l’a pris pour cible en jouant la carte du racisme et du communisme. Mais cela n’a pas fonctionné, bien au contraire : Zohran a remporté plus de voix que n’importe quel autre candidat à la mairie de New York depuis 1965. Les idées socialistes sont particulièrement appréciées par les jeunes, qui ont doublé leur participation depuis les dernières élections. Zohran a remporté une majorité décisive parmi les électrices et électeurs de la classe ouvrière de la ville, y compris dans les quartiers noirs et latinos. Il a renversé la tendance dans le Bronx après que Cuomo l’ait remporté lors des primaires.

L’ambiance à New York est absolument électrique. Mais après une nuit de fête, la prochaine phase du combat doit maintenant commencer. Plus d’un million d’électrices et d’électeurs veulent des mesures audacieuses pour rendre réellement abordable la ville la plus riche du pays dans le pays le plus riche du monde. Beaucoup sont motivé·es de participer activement à ce combat. Un tel niveau d’enthousiasme et d’engagement envers une campagne n’aurait jamais pu être suscité par quelqu’un promettant de mener les choses comme d’habitude. Mais soyons clairs : l’élection de Zohran à la mairie ne signifie pas que tout ira comme sur des roulettes à partir de maintenant. L’ensemble de son programme est en contradiction directe avec les intérêts du Parti démocrate et de ses donateurs privés, qui restent le principal obstacle de Zohran.

En tant que maire, Zohran aura deux priorités principales: résister aux attaques de l’administration autoritaire de Trump et mettre en œuvre le programme sur lequel il a fait campagne, notamment la gratuité des bus et des services de garde d’enfants, le gel des loyers des appartements à loyer équilibré, la création de magasins d’alimentation municipaux avec des prix plafonnés et un salaire minimum de 30$/h. Ces deux tâches exigent de Zohran qu’il utilise sa position exécutive pour assumer le rôle d’«organisateur en chef» en mobilisant ses 100 000 bénévoles (plus de 1% de tous les New-Yorkais et New-Yorkaises!) et en menant un mouvement de masse totalement indépendant du Parti démocrate. Ce dernier le paralysera à chaque étape. Zohran et les Socialistes démocrates d’Amérique (DSA) devraient commencer par convoquer immédiatement des réunions de masse dans chaque arrondissement au cours des prochaines semaines afin de lancer ce combat.

Les membres de Socialiste Alternative (ISA aux États-Unis) à New York ont passé cette campagne électorale à lutter aux côtés des bénévoles les plus dévoué·es de Zohran, à frapper aux portes, à discuter avec les gens de la classe ouvrière des moyens à prendre pour rendre la ville plus abordable et à travailler à la création de groupes de quartier prêts à se lancer dès maintenant dans la véritable lutte.

Rendre New York résistante à Trump

La question n’est plus de savoir si Donald Trump enverra la Garde nationale à New York, mais quand. Il s’est engagé à le faire si Zohran remportait les élections et a menacé de suspendre le financement de programmes d’infrastructure essentiels et populaires, tels que le métro de la Deuxième Avenue. Dans son discours de victoire, Zohran a indiqué le type de riposte dont nous avons besoin lorsqu’il a défié Trump: «Pour nous atteindre, vous devrez passer par nous tous.» Malheureusement, les détails de son plan de riposte ne vont guère plus loin que ce que font d’autres démocrates impuissants à travers le pays, comme engager une armée d’avocats et s’associer au gouverneur pour poursuivre le président en justice. S’appuyer sur les institutions de la classe dirigeante, comme le système judiciaire américain, est une stratégie vouée à l’échec dans le meilleur des cas, sans parler du fait que Trump ignore ouvertement leurs décisions pour continuer à consolider son pouvoir.

Les raids de plus en plus fréquents de l’ICE (Service de l’immigration et des douanes) et les coupes budgétaires de Trump sont des attaques visant à attiser la peur et la division au sein de la classe ouvrière. Elles doivent être contrées par une mobilisation massive afin de tirer parti de notre pouvoir collectif. Par exemple, le bureau de Zohran pourrait appeler les 250 000 personnes qui ont participé aux manifestations No Kings dans la région à agir et à empêcher l’ICE d’entrer. C’est là que réside la véritable force capable de nous défendre contre Trump et l’autoritarisme de la droite, et qui servira d’inspiration à d’autres villes du pays et du monde entier.

S’attaquer à la crise du coût de la vie

«Taxer les riches» est une idée que n’approuve pas la gouverneure de l’État de New York Kathy Hochul. Elle est restée inflexible lorsque des milliers de personnes ont scandé cette revendication à un rassemblement en faveur de Zohran dans le Queens à la fin octobre. Zohran ne devrait pas répondre à cela avec l’intention de faire des compromis. Mais il l’a fait pendant la campagne électorale en déclarant, lors d’un débat, qu’il abandonnerait l’idée de «taxer les riches» s’il peut obtenir l’argent ailleurs. Au contraire, fort de son nouveau mandat, il devrait redoubler d’efforts pour défendre ses positions progressistes les plus audacieuses et organiser sa base afin de lutter pour celles-ci en utilisant des méthodes de lutte des classes, telles que des manifestations de masse, des débrayages et des grèves. Dans le cadre de la lutte pour des bus rapides et gratuits, Zohran pourrait appeler à une action à l’échelle de la ville, comme une grève des tarifs de la MTA (le système de transport public de New York), en alliance avec le syndicat des transports, afin de forcer la main au conseil d’administration de la MTA nommé par Albany.

Zohran sera soumis à une pression énorme pour se montrer «pragmatique» et obtenir des résultats grâce à la collaboration et au compromis. Mais les travailleuses et les travailleurs n’obtiennent de véritables changements non pas en plaçant leur confiance dans un représentant qui conclut des accords en coulisses, mais en menant une lutte collective de masse contre leur ennemi de classe, contre leurs patrons, les propriétaires fonciers et tous leurs laquais politiques. Cette lutte n’est pas l’affaire d’une seule personne: l’armée des 100 000 bénévoles issu·es de la classe ouvrière qui soutiennent Zohran ainsi que les dizaines de syndicats qui l’ont soutenu représentant plus d’un million de personnes. Ce nombre constitue une force bien plus redoutable que le bureau du maire de New York. Le facteur décisif qui détermine si les gens ordinaires remportent des victoires ou subissent des défaites n’est pas qui occupe un poste, mais la puissance de notre mouvement. Si Zohran ne se charge pas rapidement d’organiser cette force, ce sera à nous – DSA, Socialist Alternative, les syndicats qui l’ont soutenu et son armée de bénévoles – de le faire nous-mêmes.

Les 100 premiers jours de Zohran

Comme nous l’avons écrit dans le dernier numéro de notre journal, le véritable combat commence aujourd’hui. Zohran doit mobiliser sa base avant son entrée en fonction le 1er janvier, en maintenant son réseau de bénévoles actif et en orientant ses militantes et militants vers une campagne de masse visant à faire adopter son programme. Par exemple, son bureau pourrait se fixer pour objectif de recueillir un million de signatures auprès des New-Yorkaises et New-Yorkais qui refusent de revenir sur la revendication de taxer les riches. Il pourrait utiliser cet outil pour organiser un rassemblement de plusieurs dizaines de milliers de personnes à Albany. Cela servirait d’avertissement au gouverneur Hochul et à la législature de l’État, leur indiquant que le nouveau maire ne plaisante pas.

La répression menée par l’ICE et la Garde nationale de Trump pourrait intervenir rapidement, en représailles à l’élection de Zohran et à son programme en faveur de la classe ouvrière. Il faudra une action massive coordonnée, comme une grève d’une journée dans toute la ville, pour chasser l’ICE et faire de New York une véritable ville sanctuaire. Et cela ne se fera pas du jour au lendemain après l’invasion de Trump. Les syndicats qui ont soutenu Zohran, tels que l’UAW Region 9A, le SEIU, le DC37 et l’UFT, pourraient commencer à s’y préparer dès maintenant en discutant de la stratégie à adopter lors des réunions des membres et en créant des comités dans les milieux de travail prêts à mener leurs collègues à l’action.

En utilisant les structures déjà existantes, telles que celles qui ont été mises en place pour coordonner le porte-à-porte dans chaque quartier, le bureau de Zohran pourrait organiser des dizaines de réunions locales. Celles-ci pourraient attirer des couches plus larges de travailleuses et de travailleurs, rassemblant les syndicats, les groupes confessionnels et les organisations de défense des droits des personnes migrantes afin de discuter démocratiquement de la stratégie à adopter pour lutter contre l’intimidation et l’austérité de Trump. Les gens de toute la ville qui forment des groupes de surveillance de quartier pour se défendre contre l’ICE pourraient se regrouper au sein de coalitions de résistance au niveau des arrondissements, prêts à réagir rapidement à l’escalade des attaques.

Les manifestations de masse et les réseaux d’intervention rapide sont essentiels. Mais ils doivent également s’accompagner d’un plan d’escalade offensive. Le taux de syndicalisation à New York est près de deux fois supérieur à la moyenne nationale. Les syndicats doivent entrer dans l’arène, prêts à mener concrètement la lutte contre la xénophobie dans les milieux de travail, en organisant des comités de défense contre les expulsions afin de protéger nos collègues syndiqué·es sans papiers. Lorsque Trump envahira New York, l’arme la plus puissante dont disposera Zohran pour défendre la classe ouvrière new-yorkaise, et en particulier les personnes migrantes, ne sera pas une quelconque ouverture à la collaboration avec Trump, mais la base massive de soutien actif qu’il a constituée tout au long de sa campagne.

C’est ce type d’approche socialiste qui pourrait distinguer Zohran des démocrates tels que Gavin Newsom et JB Pritzker. C’est le type d’alternative à la politique habituelle que les New-Yorkaises et les New-Yorkais souhaitent voir. Bien qu’il soit officiellement membre des Socialistes démocrates d’Amérique (DSA), il s’est progressivement éloigné de l’organisation et de ses positions au cours de la campagne. Cela constitue une erreur majeure.

Socialist Alternative le sait très bien grâce à ses dix années d’expérience au sein du conseil municipal de Seattle. Une ou un élu socialiste a besoin d’une organisation combative derrière lui, car sous le capitalisme, le système politique est totalement hostile à la politique socialiste, même avec le mandat d’une victoire électorale décisive. Sans organisation, il est trop facile de faire beaucoup de bruit pour rien.

DSA a joué un rôle très important en dirigeant énergiquement la campagne de Zohran. L’organisation a connu une croissance impressionnante, atteignant 13 000 membres à New York. Aujourd’hui, toutes les personnes membres devraient avoir leur mot à dire dans les discussions et les débats sur la stratégie adoptée par le bureau de Zohran. Il ne devrait rendre de comptes qu’à elles et au mouvement qui le soutient. Il devrait exclure les apparatchiks du Parti démocrate de son équipe.

Il est primordial de demander des comptes à Zohran. Des débats sont déjà en cours au sein de DSA sur la meilleure façon de procéder et même sur le fait de savoir si cette question relève de ses responsabilités. Socialist Alternative affirme catégoriquement que c’est le cas. Lors d’une récente réunion municipale de DSA New York, à laquelle plusieurs membres de Socialist Alternative ont également participé, le comité directeur a présenté une résolution qui stipulait initialement que «[leur] priorité ne sera pas de surveiller les manquements du maire et d’exiger des comptes».

Cette proposition a été accueillie par des huées et des railleries de la part de l’assemblée. Les membres ont clairement fait savoir qu’ils et elles pensaient exactement le contraire. Sous la pression des membres, cette formulation a été supprimée. Cela montre la nécessité d’un débat démocratique vigoureux. Mais malheureusement, la résolution finale était encore insuffisante pour préparer Zohran contre la pression intense à faire des compromis avec l’establishment devant lequel il a déjà commencé à céder. DSA a un rôle central à jouer dans la mise en place d’une campagne de masse visant à faire aboutir le programme électoral de Zohran et à servir de pilier pour résister à cette pression. Les réunions des membres du DSA devraient permettre à tout le monde de participer et de voter dans le cadre de discussions et de débats sérieux sur la stratégie à adopter par Zohran à l’avenir.

Nous avons besoin d’un nouveau parti

Les grandes entreprises et l’establishment politique travaillent d’arrache-pied pour mettre Zohran sous leur coupe. Les travailleuses et les travailleurs doivent être prêts à riposter et à montrer à Zohran à qui il doit réellement rendre des comptes. Ce n’est pas le moment de louer son prétendu pragmatisme pour avoir renoncé à réduire le financement de la police new-yorkaise ou pour avoir invité Kathy Hochul et la procureure générale de New York, Letitia James, à prendre la parole lors de ses rassemblements. Les New-Yorkaises et les New-Yorkais ne peuvent pas se permettre d’adopter une attitude attentiste, avec l’intention de s’exprimer si Zohran commence à s’écarter de ses promesses. Au contraire, le mouvement doit être proactif et profiter de l’élan donné par cette victoire pour lancer immédiatement une campagne concrète en faveur du gel des loyers et de la taxation des riches afin de financer la gratuité des bus, la gratuité des services de garde d’enfants et la création de magasins d’alimentation appartenant à la ville.

Les structures nécessaires pour y parvenir n’existent pas et ne peuvent exister au sein du Parti démocrate. La victoire de Zohran peut sembler être une formidable opportunité pour lui de transformer le Parti démocrate, en lui traçant une voie vers la gauche pour sortir de l’impasse dans laquelle il se trouve. Mais les démocrates sont liés par mille fils aux intérêts des grandes entreprises et de Wall Street, dont le candidat préféré a peut-être perdu les élections, mais dont la machine politique est bien implantée à New York. La priorité numéro un de l’establishment du Parti démocrate, y compris des bureaucrates du parti qu’il nommera dans son administration, sera de coopter pleinement Zohran et de neutraliser autant que possible son programme afin de rendre sa mairie acceptable pour les grandes entreprises. L’offre amicale d’Obama d’agir en tant que «caisse de résonance» de Zohran s’inscrit dans cette démarche.

Une véritable administration ouvrière ne devrait pas compter parmi ses membres des membres du Parti démocrate fidèles à l’establishment. Elle devrait plutôt être composée de militantes et de militants des communautés, de syndicalistes et de socialistes. De plus, pour lutter contre la pression systémique exercée sur un maire favorable aux travailleuses et aux travailleurs, Zohran devrait annoncer qu’il ne percevra que le salaire ouvrier moyen et qu’il reversera le reste au mouvement.

Si Zohran a l’intention de tenir les promesses électorales qui comptent le plus pour ses partisans, il devrait s’inspirer de l’exemple du Royaume-Uni où les député·es socialistes indépendants Jeremy Corbyn et Zarah Sultana ont récemment lancé un nouveau parti de gauche qui a rapidement attiré 800 000 adhésions. Zohran devrait profiter de l’élan donné par cette victoire pour annoncer que lui et DSA lancent un nouveau parti de gauche indépendant, doté d’une démocratie interne, ancré dans sa base de soutien ouvrière et fondé sur la mission de lutter pour son programme de revendications et bien plus encore. Ce nouveau parti ne devrait pas accepter une cent des entreprises et devrait disposer de comités dans chaque quartier pour mener des discussions démocratiques et prendre des décisions sur la manière d’utiliser le bureau de Zohran pour véritablement bouleverser le statu quo et lutter pour un New York qui fonctionne pour la grande majorité, et non pour l’establishment politique et Wall Street.