L’art est politique, et nous en avons récemment eu un rappel brutal. Macklemore, rappeur américain et fervent défenseur de la Palestine, a récemment été écarté de la première partie de la tournée internationale d’Ed Sheeran, dans un acte de représailles politiques.
Après avoir donné deux concerts d’ouverture passionnés au cours desquels Macklemore a appelé à la solidarité avec le peuple palestinien et à la fin du génocide à Gaza, divers comptes pro-sionistes en ligne ont lancé une pétition pour demander son retrait de la tournée. Cette campagne a suscité un véritable engouement sur Internet, notamment après qu’une autre artiste américaine, P!nk, a partagé la pétition, affirmant : «[les actions de Macklemore] m’ont fait peur, et ont fait peur à des personnes que j’aime…»
Selon le récit de Sheeran lui-même, la campagne visant à écarter Macklemore a atteint son paroxysme après que le milliardaire Robert Kraft, PDG du tristement célèbre Kraft Group, l’a appelé pour lui lancer un ultimatum. Avec d’autres propriétaires de stades dont les noms n’ont pas été révélés, Kraft a menacé d’interdire à Sheeran de se produire dans leurs stades si Macklemore n’était pas écarté. Après avoir tenté de «construire des ponts» avec les milliardaires, Sheeran a cédé et Macklemore a été écarté de la tournée.
Dans les jours qui ont suivi, Sheeran a continué à en rajouter. Malgré son soutien sans réserve à l’Ukraine par le passé, Sheeran affirme vouloir adopter une position «apolitique». Peu importe ses actions passées, Sheeran montre clairement ce que signifie être «apolitique» face à un génocide. Être «apolitique», c’est se ranger silencieusement du côté de l’oppresseur. Être «apolitique», c’est permettre à une bande de milliardaires de droite de censurer les contenus politiques qui ne leur plaisent pas. Il est impossible d’être «apolitique», et le fait que Sheeran prétend l’être montre exactement de quel côté il se situe.
Nous ne pouvons pas «construire des ponts» avec ces mêmes milliardaires qui financent le génocide à Gaza, soutiennent le sionisme et l’impérialisme, et bâtissent un monde toujours plus militarisé. Les milliardaires de la classe dirigeante n’ont absolument aucun intérêt à donner la parole à des artistes qui s’opposent à leur programme, et ils font preuve d’une audace croissante dans leurs tentatives de censurer les opinions auxquelles ils s’opposent. Cela inclut l’interdiction de Palestine Action par le gouvernement britannique, ainsi que la répression en cours contre les idées de la «gauche radicale» sous le régime Trump. À mesure que les milliardaires de droite gagnent en audace, notre solidarité et notre résistance, celles de la classe ouvrière, doivent en faire de même.
En réaction à la capitulation d’Ed Sheeran face aux milliardaires pro-sionistes, son groupe et les autres artistes de la première partie se sont retirés de la tournée en signe de solidarité avec Macklemore et le peuple palestinien. Dans leurs déclarations publiques, plusieurs artistes irlandais·es ont établi à juste titre un lien entre le génocide à Gaza et l’histoire de la répression brutale subie en Irlande. Cette action collective des artistes restant·es a mis en péril la suite de la tournée. Afin d’éviter qu’elle ne tombe complètement à l’eau, Ed Sheeran a été contraint de réciter un communiqué de relations publiques soigneusement rédigé dans lequel il admettait avoir commis des «erreurs», tout en continuant à afficher une posture «apolitique». Ce communiqué visait à sauver la face et à préserver la tournée. Après tout, elle est en soi une affaire juteuse, la «Divide Tour» de Sheeran ayant généré 776 millions de dollars de recettes.
L’indignation massive suscitée par l’exclusion de Macklemore de la tournée témoigne de la solidarité constante de millions de personnes issues de la classe ouvrière avec le peuple palestinien, ainsi que de l’isolement politique croissant du régime israélien. Relier cette solidarité à une lutte contre le capitalisme et l’impérialisme, et pour un changement socialiste international, est la clé pour mettre fin au génocide, à la guerre et à l’oppression nationale.

