Le vendredi 15 juin, le directeur du SPVM, Fady Dagher, a tenu une conférence de presse tard en soirée pour révéler que 16 policiers du poste de Montréal-Nord font l’objet d’une enquête interne pour avoir arraché de force des cheveux à des Montréalais noirs et arabes et les avoir conservés comme trophées. Au moment d’écrire ces lignes, seulement deux de ces policiers ont été suspendus, tandis que les quatorze autres ont été réaffectés à des fonctions administratives. Ce comportement raciste et odieux n’est que le plus récent épisode d’une longue histoire marquée par le racisme au sein du SPVM.
En réaction à l’annonce de cette enquête interne visant les 16 policiers, des centaines de Montréalaises et Montréalais de tous les quartiers de la ville ont manifesté devant le poste 39, à Montréal-Nord. Les manifestants ont dénoncé la complicité du système et exigé une enquête indépendante qui ne soit pas menée par le Service de Police de la Ville de Montréal (SPVM).
En réponse à cette manifestation, le président de la Fraternité des policiers et policières de Montréal a publié un communiqué condamnant les actes racistes commis par ces agents, tout en passant complètement sous silence les allégations selon lesquelles des policiers chercheraient déjà à identifier les lanceurs d’alerte ayant dénoncé les faits.
De son côté, la mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, a réclamé l’implantation de caméras corporelles pour les policiers ainsi qu’un moratoire sur les contrôles policiers aléatoires, tout en tentant de susciter la sympathie de la population en racontant les traitements racistes que son mari aurait subis de la part du SPVM. Bien qu’elle occupe la plus haute fonction municipale, le mieux que notre mairesse puisse proposer lorsque nos voisins noirs et arabes sont victimes d’attaques est une série de mesures timides, tout en utilisant son mari comme argument politique.
Il est évident qu’une enquête interne est loin d’être suffisante pour mettre fin à ce racisme systémique. Mais il faut également reconnaître que les solutions actuellement proposées — une enquête indépendante, les caméras corporelles et un moratoire sur les contrôles policiers aléatoires — sont elles aussi insuffisantes. Toutes ces mesures passent sous silence le fait que la violence raciste est indissociable de la police et, plus largement, du capitalisme.
Au-delà des frontières du Québec, nous avons récemment vu la police protéger des émeutiers racistes et violents à Belfast, mener des descentes policières racistes contre des communautés roms en Grèce et même superviser la mort de dizaines de mineurs en Afrique du Sud. La violence raciste ne peut être dissociée du maintien de l’ordre : elle constitue un outil de domination de la classe capitaliste, auquel celle-ci ne renoncera jamais volontairement.
La question est donc la suivante : que faire? Pendant le mouvement Black Lives Matter, Socialist Alternative, notre organisation sœur aux États-Unis, a défendu la réduction de 50% du financement des services de police et la réallocation de ces sommes vers le logement, les soins de santé et l’éducation. À Pittsburgh, nos camarades ont dirigé une campagne en faveur d’un contrôle démocratique de la police par la communauté.
Il est incontestable que ces revendications ne transformeraient pas fondamentalement la nature de la police. Toutefois, ces revendications transitoires permettraient d’accroître immédiatement le pouvoir des travailleuses et des travailleurs sur ces institutions antidémocratiques et de mettre en évidence, sur le plan politique, la nécessité pour la classe ouvrière d’exercer un contrôle démocratique sur tous les aspects de la société.
Le contrôle ouvrier sur ces institutions aurait un effet positif immédiat. Cependant, il se heurterait tout aussi rapidement aux obstacles que la classe dirigeante érige pour défendre ses propres intérêts, démontrant ainsi la nécessité d’étendre encore davantage le pouvoir de la classe ouvrière. La classe capitaliste fera tout ce qui est en son pouvoir pour empêcher ou vider de leur substance les réformes, même les plus modestes, ainsi que les victoires remportées par les travailleurs sous le capitalisme.
Pour débarrasser véritablement le monde de la violence policière et du racisme, il faut abolir le capitalisme. Il ne peut y avoir d’abolition de la police sans abolition du capitalisme. Si la revendication d’une abolition immédiate de la police découle d’une volonté sincère de la classe ouvrière de mettre fin aux violences policières, elle est souvent formulée sans tenir compte de la réalité politique fondamentale : la classe capitaliste ne renoncera jamais de son plein gré à son pouvoir de domination par la force. Abolir la police signifie donc abolir le système qui la produit et la rend nécessaire.

