ICE OUT

Les directions syndicales appellent à une grève générale nationale – Donnons tout pour la préparer!

La grève générale organisée à Minneapolis contre l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) le 23 janvier a été un coup d’avertissement contre l’administration Trump.

Ce sont les travailleuses et les travailleurs qui font fonctionner cette société, et nous pouvons la paralyser. Après la grève, les grandes entreprises ont commencé à s’inquiéter : 60 PDG du Minnesota, issus d’entreprises telles que Target, UnitedHealth, Cargill, General Mills et 3M, ont publié une lettre ouverte appelant à « une désescalade immédiate des tensions ». Ils veulent que Trump se retire, car ils craignent que les travailleuses et les travailleurs retournent en grève, et à plus grande échelle.

La grève a poussé l’administration Trump à faire quelques concessions mineures, comme le retrait de Greg Bovino ainsi que de quelque 700 agents fédéraux des villes jumelles. Mais elle reste fermement attachée à son projet anti-immigration. Pour imposer un changement selon nos conditions, nous devons aller plus loin. Nous avons besoin d’une grève générale nationale. Les principaux syndicats nationaux doivent être au cœur du mouvement et organiser leurs membres pour porter un coup aussi dur que possible aux profits des secteurs clés de l’économie américaine.

La grève n’est pas seulement une tactique parmi d’autres à notre disposition. C’est l’outil le plus puissant dont dispose notre classe contre la classe capitaliste et son État. Tout au long de l’histoire et à travers le monde, les grèves générales ont remporté des victoires contre les régimes de droite. Nous devons de toute urgence construire un mouvement pour mener à bien cette tâche aujourd’hui.

La journée de grève du 23 janvier, ainsi que la journée nationale d’action une semaine plus tard, ont mis la pression sur le mouvement syndical national. La classe ouvrière veut passer à l’action. Aujourd’hui, plusieurs dirigeantes et dirigeants syndicaux importants, aux côtés d’autres organisations, ont appelé à se préparer à la grève. Ils lancent un appel à une grève générale nationale et désignent le 1er mai, Journée internationale des travailleuses et des travailleurs, comme point de départ. Il s’agit là d’une évolution extrêmement importante. Mais elle ne se concrétisera pas d’elle-même simplement parce qu’elle a été annoncée.

Les travailleuses et les travailleurs de tous horizons doivent faire monter la pression pour que leur direction syndicale s’engage réellement dans cette voie. Nous avons besoin d’un mouvement de la base, organisé par les membres de chaque syndicat et par des dizaines de milliers de travailleuses et de travailleurs dans les lieux de travail non syndiqués.

En réalité, alors que l’ICE continue d’enlever et d’assassiner nos voisines et voisins, le 1er mai est trop loin. Avec une pression suffisante de la base, la date pourrait être devancée. Cela dit, il n’en reste pas moins que le fait d’avoir fixé une date pour une grève générale nationale est extrêmement positif. Nous devons dès maintenant préparer l’ensemble de notre classe à la grève et nous préparer à intensifier la lutte.

Se préparer à faire la grève

La coalition May Day Strong a lancé un appel à « ne pas travailler, ne pas aller à l’école et ne pas magasiner » le 1er mai. Lors d’une récente réunion Zoom, la présidente de l’Association of Flight Attendants (AFA-CWA), Sara Nelson, et d’autres ont rallié plus d’un millier de personnes à la nécessité urgente de préparer les syndicats à la grève. En 2019, Sara Nelson a lancé un célèbre appel à la grève des agentes et agents de bord et joué un rôle clé pour forcer Trump à mettre fin à la fermeture du gouvernement.

«Nous devons tous nous préparer à une grève générale. Nous devons tous nous concentrer sur la préparation de la grève. C’est le moyen fondamental pour mettre en échec le capitalisme. Notre plus grande force, c’est notre travail. Sans lui, le monde ne tourne pas. Mais ça compte seulement si nous agissons tous ensemble.»

– Sara Nelson, présidente de l’Association of Flight Attendants (AFA-CWA)

La coalition May Day Strong comprend la National Education Association (NEA), la National Nurses United (NNU), l’AFA-CWA, des sections locales de l’American Federation of Teachers (AFT) comme celle de Los Angeles (United Teachers Los Angeles, UTLA), et d’autres organisations politiques comme Sunrise Movement, 50501 et Indivisible. Des dirigeantes et dirigeants syndicaux ont également pris la parole pendant la réunion Zoom, comme Stacy Davis Gates, présidente du Chicago Teachers Union (CTU), Greg Nammacher, président de la section locale 26 du SEIU à Minneapolis, qui a lancé la grève du 23 janvier, et Mark Meinster, de l’United Electrical Workers (UE).

Se préparer à la grève doit devenir un sujet de discussion majeur dans la société. Mais qu’est-ce que ça veut dire concrètement ? Ce sont les syndicats qui ont le plus grand potentiel pour paralyser les centres de profit, car les lieux de travail syndiqués disposent déjà des structures nécessaires pour organiser des grèves. Les syndicats devront mobiliser autant de membres que possible.

Dans de nombreux cas, cela implique d’expliquer aux membres pourquoi l’offensive anti-immigrant de l’ICE est moralement ignoble, mais pas seulement. Elle est en même temps une diversion visant à faire porter le chapeau à d’autres pour détourner l’attention des crises du régime. Elle est une attaque contre la solidarité et l’unité de la classe ouvrière et sa capacité à lutter. Les travailleuses et les travailleurs de la base devront s’organiser activement sur leur lieu de travail, notamment en convainquant leurs collègues de se joindre à la grève et en élaborant des plans pour que le 1er mai soit le plus fort possible.

Pour tester et renforcer la confiance des travailleuses et des travailleurs, les syndicats devraient organiser leurs plus grands contingents jamais réunis lors de journées d’action de masse, comme lors de la prochaine journée No Kings Day le 28 mars. Cela peut servir de « test structurel », comme on l’appelle dans le mouvement syndical. La taille et la composition du contingent (qui participe et de quels lieux de travail ou équipes) révèlent où l’organisation est forte et où elle doit être renforcée.

Mais la grande majorité (90 %) de la main-d’œuvre américaine n’est pas syndiquée. Pour perturber le flux des profits dans les principaux secteurs de l’économie, il faudra également se préparer à la grève dans ces milieux de travail. De nombreux lieux de travail non syndiqués ont participé à la grève du 23 janvier, souvent en déclarant un arrêt de maladie collectif (sick out). Les milieux de travail non syndiqués ont une occasion en or de commencer à s’organiser. La possibilité que leur toute première grève se déroule aux côtés de millions de travailleuses et de travailleurs à travers le pays pourrait électriser le mouvement syndical et stimuler la création de centaines, voire de milliers de nouveaux syndicats.

Les étudiantes et les étudiants ont également un rôle essentiel à jouer. Les organisations étudiantes de personnes immigrées ont montré la voie à suivre après la grève générale du 23 janvier en appelant à un arrêt de travail national le 30 janvier. Bien que cette journée d’action n’ait pas été menée par le mouvement syndical comme l’a été la grève générale de Minneapolis la semaine précédente, plus de 300 actions ont eu lieu à travers le pays. Des centaines de milliers d’étudiantes et d’étudiants ont quitté l’école et beaucoup de travailleuses et de travailleurs se sont organisés ensemble pour se déclarer malades.

Les étudiantes et les étudiants peuvent faire pression sur le mouvement dans son ensemble, en particulier le mouvement syndical, pour intensifier la lutte. Ils et elles peuvent organiser des grèves étudiantes massives afin de s’aligner sur une grève générale nationale. La solidarité entre les étudiantes et étudiants, le corps enseignant, le personnel de soutien et la communauté au sens large joue un rôle essentiel pour mettre fin à la stratégie de division et de domination de Trump afin d’élargir le mouvement anti-Trump.

Défis

Organiser une grève générale nationale implique que les syndicats défient les clauses antisyndicales et anti-grève qui dominent les contrats syndicaux contemporains. Certaines personnes hésiteront à faire la grève en raison de ces restrictions dans leur contrat. Mais soyons clairs : les protections accordées aux syndicats aujourd’hui, y compris le droit de se syndiquer, ont été obtenues en enfreignant la loi par le passé. Ces protections sont actuellement attaquées par la droite. Trump s’en prend aux fonctionnaires fédéraux et affaiblit le National Labor Relations Board.

Les lois antigrève sont rédigées pour les patrons, qui savent très bien ce que les grèves signifient pour leurs profits. De plus, le régime de Trump n’hésite pas à enfreindre la loi, qu’il s’agisse d’assassiner des observateurs juridiques à Minneapolis ou d’enlever le président vénézuélien Nicolás Maduro.

Nous ne pouvons pas négocier avec des lois qui visent à nous briser et à ralentir notre lutte. Notre mouvement doit suivre le vieil adage syndical : « Il n’y a pas de grève illégale, seulement des grèves qui échouent ». Les dirigeantes et les dirigeants des sections locales syndicales devront prendre tout ça au sérieux pour préparer les travailleuses et les travailleurs de la base à la grève, même si celle-ci est jugée illégale par les patrons.

En lutte pour le 1er mai, dans toutes les villes et municipalités!

À bien des égards, nous traversons une période sans précédent, marquée par une recrudescence des conflits interimpérialistes, des catastrophes climatiques, de l’instabilité économique et de la violence d’extrême droite. En même temps, nous avons devant nous l’occasion d’organiser la toute première grève générale nationale aux États-Unis, afin de mettre un terme à tout ce système pourri, de mettre à genoux la classe capitaliste et de porter un coup réel au pouvoir débridé de Trump et de chasser l’ICE de nos villes.

C’est l’occasion pour le mouvement syndical de faire un bond en avant, de reconstruire sa force pour mener des combats encore plus importants. C’est l’occasion de se battre non seulement pour regagner tout ce que nous avons perdu, mais aussi pour obtenir davantage, comme abolir l’ICE pour financer les soins de santé, les logements abordables et l’éducation.

Au cœur des crises actuelles se trouve un système violent qui commence à s’effondrer. Le capitalisme a besoin de l’exploitation et de l’oppression pour fonctionner. Il a besoin d’une classe qui souffre aux mains de l’autre. Notre classe, la classe ouvrière, fait fonctionner toute la société. Ça veut dire que nous avons le pouvoir non seulement de la paralyser, mais aussi de la changer.

La classe capitaliste utilise la stratégie « diviser pour mieux régner » pour faire des personnes immigrantes des boucs émissaires, ce que notre mouvement doit rejeter sans réserve. Une partie de notre lutte pour nous préparer à la grève consiste à construire le type de pouvoir ouvrier qui peut non seulement abolir l’ICE, mais aussi abolir le système qui rend ces forces possibles. La lutte contre l’oppression est une lutte pour un monde meilleur, un monde socialiste.