Le jeudi 22 janvier, des dizaines de milliers de Palestiniennes et Palestiniens vivant en Israël ont participé à une grève générale pour protester contre la recrudescence de la violence, la discrimination et la négligence policière.
État de crise dans la communauté arabo-palestinienne
La crise liée au crime organisé et à la violence des gangs existe depuis longtemps, mais les appels lancés aux autorités sont ignorés depuis des années. Après un nombre record en 2025, plus de 20 Palestiniens ont été assassinés en 2026 à ce jour, avec en moyenne un meurtre par jour.
Les habitantes et les habitants de plusieurs villes déclarent être terrorisés par le crime organisé, principalement sous forme d’extorsions et de fusillades. Cela place de nombreux petits commerçants et résidents sous une menace constante. Cette activité est particulièrement répandue dans les zones déjà touchées par des niveaux disproportionnés de pauvreté et un sous-développement systématique.
Seuls 8 % des meurtres commis dans les villes palestiniennes donnent lieu à des poursuites judiciaires, contre 65 % dans les zones à majorité juive. La police israélienne refuse très ouvertement d’intervenir dans les villes palestiniennes, invoquant de manière ridicule la crainte pour sa propre vie.
La négligence et la discrimination de la police à l’égard des citoyennes et citoyens palestiniens d’Israël sont directement liées à l’oppression nationale raciste générale du peuple palestinien entretenu par le gouvernement israélien d’extrême droite et tous ceux qui l’ont précédé. Cela se traduit régulièrement par un manque de financement pour les régions palestiniennes, un manque d’emplois de qualité et un manque de permis de construction. Cela conduit à des démolitions régulières de maisons.
La même force de police, sous la direction du proto-fasciste Itamar Ben-Gvir, n’a pas hésité à harceler, arrêter et brutaliser les Palestiniennes et les Palestiniens pendant des années. L’oppression a atteint son paroxysme avec la répression contre les personnes ayant manifesté contre la guerre génocidaire de 2023-2025 à Gaza.
La police est également directement liée à la terreur d’État dans la ville annexée de Jérusalem-Est, au nom des colons d’extrême droite qui s’emparent des maisons des Palestiniennes et Palestiniens, ainsi que dans les raids menés dans la région du Néguev contre la population bédouine vivant dans ce que l’État considère comme des villages « non reconnus ». Ces attaques et d’autres font partie d’une politique vieille de plusieurs décennies visant à voler des terres afin d’étendre les zones à majorité juive. Les socialistes s’opposent par principe à cette stratégie du « diviser pour mieux régner » et défendent l’égalité des droits pour toutes les travailleuses et travailleurs, indépendamment de leur nationalité, de leur origine ethnique ou de leur religion.
Manifestations de masse et grève générale
Ne voyant aucune réaction de la part de l’État, les commerçants de la ville de Sakhnin, dans le nord du pays, ont fermé leurs magasins pour protester contre le crime organisé et contre l’État. Le comité des parents d’élèves a suivi en appelant à la fermeture des écoles. La pression croissante exercée par la base a contraint le conseil municipal, qui s’opposait initialement à la grève, à s’y joindre. Cela a ensuite incité les autorités palestiniennes à travers Israël et le comité national des parents d’élèves des écoles palestiniennes à annoncer leur participation à la grève.
Deux jours après le début de la grève à Sakhnin, le Haut Comité de suivi – la principale organisation représentant les citoyennes et citoyens palestiniens d’Israël – a annoncé une grève générale nationale pour le jeudi 22 janvier. La grève s’est accompagnée d’une manifestation de masse à Sakhnin, estimée à 100 000 personnes, soit trois fois la population de la ville.
La grève a rassemblé des professionnel·les, comme des avocates et avocats, des universitaires ainsi que des employé·es des transports publics et des ouvriers du bâtiment. Des centaines de médecins, de pharmaciennes et de pharmaciens, dont beaucoup travaillent dans des villes et des villages à majorité juive, se sont organisés de manière autonome, sans le soutien de leurs directions syndicales.
Cité dans le Times of Israel, Aida Touma-Sliman, membre de la Knesset (parlement israélien) et de l’alliance de gauche Hadash, a expliqué que l’ampleur des manifestations était due à la fin officielle de la guerre à Gaza. Cela a permis aux Palestiniennes et Palestiniens de se sentir plus en confiance pour soulever des questions « internes ». Elle a ajouté un point important, à savoir que le crime organisé fonctionne essentiellement comme un sous-traitant de l’agenda politique de Ben-Gvir en contrôlant et en opprimant la vie des Palestiniennes et Palestiniens ordinaires.
La nécessité d’une alternative politique
La manifestation à Sakhnin s’est terminée par une réunion du Haut Comité de suivi, des trois principaux partis politiques arabo-palestiniens et du Hadash (dirigé par le Parti communiste). Ces quatre partis ont signé un accord initial sous la pression de la base pour présenter une liste commune aux prochaines élections à la Knesset.
Cette initiative devrait tirer la sonnette d’alarme concernant la présence d’organisations de droite au sein des forces palestiniennes, en particulier le parti Ra’am. Sous la direction de Mansour Abbas, le Ra’am a rejoint le gouvernement de coalition israélien en 2021. Ce gouvernement était dirigé par des forces de l’establishment et de l’extrême droite, telles que Yair Lapid et Naftali Bennett.
Les véritables forces ouvrières et de gauche ne devraient s’unir que sous la bannière claire de la lutte contre l’oppression nationale, le racisme et le programme anti-ouvrier des partis de l’establishment, qu’elles soient positionnées dans la coalition ou dans l’opposition. Une nouvelle formation politique doit centrer son action sur la lutte contre les privatisations, pour le logement social, l’éducation gratuite de qualité et les soins de santé pour tout le monde.
Étendre la grève
Dans l’immédiat, la grève doit être étendue. Comme l’ont expliqué les travailleurs de Sakhnin, une grève générale totale des travailleuses et travailleurs palestiniens en Israël aura un impact décisif sur l’économie israélienne. Elle bénéficiera du soutien de nombreux collègues de confession juive, ce qui pourrait les inciter à se joindre au mouvement. Des comités de grève démocratiques devraient être mis en place pour relier la lutte à travers le pays. Cela devra s’accompagner d’une lutte au sein des syndicats pour rejoindre et organiser la grève. La lutte doit être associée à un appel aux directions syndicales afin qu’elles rompent avec le gouvernement d’extrême droite meurtrier et prennent clairement position contre l’oppression et la discrimination systématique.
Il est nécessaire de proposer une alternative politique issue de la classe ouvrière face à toutes les forces réactionnaires et pro-capitalistes. Nous appelons à la création d’un parti de masse de la classe ouvrière ancré dans la lutte contre l’oppression, la guerre, l’occupation, le profit et le système capitaliste qui en est la base. Et à la lutte pour un changement socialiste dans la région et dans le monde, fondé sur la solidarité, la paix et la liberté pour tout le monde.

