Trump a annoncé qu’il avait accepté un cessez-le-feu de deux semaines avec l’Iran. Washington a reculé moins d’une heure et demie avant que la menace apocalyptique de Trump, selon laquelle « une civilisation entière mourra cette nuit, pour ne jamais revenir », ne devienne une réalité horrible.
Cette pause dans la guerre offre au moins un répit temporaire au peuple iranien. Mais il reste encore un long chemin à parcourir avant un règlement plus durable, et un chemin encore plus long vers une véritable paix.
Le gouvernement de guerre du Premier ministre d’Israël, Benyamin Netanyahu, a déclaré soutenir le cessez-le-feu avec l’Iran. Mais la guerre d’Israël contre le Liban, en revanche, se poursuit et s’intensifie.
«La décision de Trump de reculer — communément appelée TACO ou “Trump always chickens out” — démontre cette fois une faiblesse stratégique bien plus importante que toute humiliation précédente que Trump reprochait aux anciens présidents », a commenté The Independent.
Victoire pour les deux camps?
Les deux camps ont revendiqué la victoire. La vérité est que Trump a utilisé des «négociateurs» pakistanais pour obtenir au moins une pause dans la crise majeure qu’il a lui-même créée. Pour le régime iranien, cette accalmie offre une occasion de se regrouper.
Le retrait de Trump constitue une tentative désespérée de dissimuler la crise dans laquelle l’impérialisme américain s’est retrouvé entraîné par la guerre et que les menaces non tenues du président dans les jours précédents ont aggravée.
Lorsque la guerre est rapidement devenue un échec humiliant pour l’impérialisme américain, qui s’enlisait dans une nouvelle impasse, l’administration Trump a cherché une issue. Mais après plusieurs semaines de guerre impliquant plus de 20 pays, la situation a échappé à tout contrôle. Elle a constamment créé de nouveaux obstacles à une stratégie de sortie susceptible de préserver le prestige et la position de l’impérialisme américain.
D’où les menaces de plus en plus imprudentes de Trump concernant une escalade du conflit, y compris une invasion terrestre. Face au risque d’être entraîné plus profondément dans une guerre extrêmement impopulaire qui pèserait sur l’économie américaine à l’approche des élections de mi-mandat, Trump a reculé.
Mais comme l’a commenté la BBC britannique : «L’accord a permis à Trump de se sortir d’un choix qui devenait dangereux — soit escalader avec sa promesse qu’une “civilisation entière mourra cette nuit”, soit reculer et miner sa crédibilité. Le président américain ne s’est peut-être offert qu’un répit temporaire.»
De Nixon à Trump
Les manœuvres bellicistes de Trump ces dernières semaines ont été comparées à la «théorie du fou» utilisée par le président américain Richard Nixon durant les dernières années de la guerre du Vietnam. «L’objectif est de faire croire à l’adversaire que l’on est fou et donc capable de tout, afin de le forcer à négocier», a écrit le quotidien suédois Dagens Nyheter dans un éditorial. Le journal ne précise toutefois pas que les «tactiques du fou» de Nixon ne se sont pas limitées aux mots, mais ont inclus l’élargissement de la guerre du Vietnam au Laos et au Cambodge, avec le largage de 3 millions de tonnes de bombes sur l’Indochine.
Cette campagne a culminé avec les bombardements terroristes de Hanoï fin 1972, avant que l’impérialisme américain ne soit finalement contraint de se retirer et que la classe dirigeante ne pousse Nixon à quitter le pouvoir, sous la pression notamment des protestations massives contre la guerre à l’intérieur du pays.
Aucun des nombreux objectifs contradictoires fixés par l’impérialisme américain et le régime de Netanyahu dans la guerre contre l’Iran n’a été atteint. Toutes les raisons avancées par l’impérialisme américain pour justifier la guerre restent inchangées.
Rien n’est réglé
«Elle n’a résolu aucun des problèmes fondamentaux qui ont conduit à la guerre. Elle laisse en place un gouvernement théocratique, soutenu par les violents Gardiens de la révolution islamique, à la tête d’une population accablée par les bombardements et toujours sous la coupe d’un régime familier, même s’il est sous une nouvelle direction. Elle laisse intact le stock nucléaire de l’Iran, y compris les 970 livres de matériel pouvant presque être utilisé pour fabriquer des bombes, ce qui constituait, en théorie, le casus belli de cette guerre. Elle a laissé les alliés du Golfe déstabilisés, réalisant que les gratte-ciel de verre de Dubaï et les usines de dessalement qui rendent habitables les enclaves riches du Koweït peuvent être détruits par des missiles et des drones iraniens », a écrit le New York Times.
Dans tout le Moyen-Orient, la guerre a causé mort et destruction. Ce sont des civils innocents en Iran et ailleurs qui en ont été les principales victimes. Ce sont aussi les populations ordinaires qui doivent supporter le poids des dégâts et les coûts immenses que la guerre a engendrés. L’organisation basée aux États-Unis Human Rights Activists in Iran (HRANA) a rapporté le 2 avril que 3 530 personnes ont été tuées en Iran depuis le début de la guerre. Plusieurs centaines d’écoles et d’établissements de santé ont été attaquées. La guerre a aggravé la grave pénurie d’eau déjà existante et elle a empoisonné l’air et l’environnement.
Guerre au Liban
La guerre contre le Liban a créé une autre catastrophe humanitaire qui ne fait que s’aggraver. À ce jour, elle a contraint plus d’un cinquième de la population du pays à fuir — soit 1,2 million de personnes — et près de 1 500 personnes ont été tuées. Selon le ministre israélien de la Défense Israël Katz, l’objectif de l’invasion terrestre et de la campagne de bombardements intensifs est de détruire plusieurs villes frontalières libanaises et de réoccuper le sud du Liban. En même temps, le sud de Beyrouth est réduit en ruines. Les organisations humanitaires tirent à juste titre la sonnette d’alarme, estimant que la guerre contre le Liban «est une copie directe de la stratégie utilisée à Gaza».
Impacts sur l’économie mondiale
À cela s’ajoute le fait que la guerre s’est rapidement transformée en attaque contre l’économie mondiale et les conditions de vie des populations à l’échelle globale. En mars, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a averti que la guerre représentait la plus grande menace jamais vue pour l’approvisionnement énergétique mondial — pire que la crise pétrolière des années 1970 et celle qui a suivi l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022. La réparation des installations pétrolières et gazières endommagées pourrait prendre jusqu’à cinq ans, et le trafic dans le détroit d’Ormuz, désormais plus clairement sous contrôle iranien que jamais, ne reviendra probablement jamais à ses niveaux antérieurs. La création de nouvelles routes de transport prendra du temps et des sommes énormes.
Lundi, la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Kristalina Georgieva, a déclaré qu’une guerre avec l’Iran entraînerait inévitablement une hausse de l’inflation mondiale et un ralentissement de la croissance économique mondiale.
«Tout indique désormais des prix plus élevés et une croissance plus lente», a-t-elle déclaré à Reuters, avertissant «que le monde est moins préparé qu’avant la pandémie à répondre à un ralentissement économique majeur, et dispose d’outils plus faibles pour y faire face. De plus, les tensions croissantes entre grandes puissances ont entravé la coopération internationale face aux crises, alors même qu’elles rendent ces crises plus fréquentes» (Ekonomikanalen, 7 avril).
Avec la guerre comme catalyseur, la dictature iranienne affaiblie a non seulement réussi à se maintenir au pouvoir, mais aussi, au moins temporairement, à renforcer son emprise sur le pays. Elle a également compris que le contrôle du détroit d’Ormuz constitue une nouvelle arme puissante dans sa stratégie de survie. La capacité militaire de l’Iran a été fortement réduite, mais non détruite. Selon des sources du renseignement américain, environ la moitié des lanceurs de missiles iraniens seraient encore intacts.
Le pays conserve également son uranium enrichi et peut continuer à développer des armements destructeurs. Il est également probable que la guerre ait renforcé la détermination du régime iranien à se doter de l’arme nucléaire comme assurance-vie ultime.
Il reste à voir si le cessez-le-feu laissera la place à des négociations continues et à un accord final. Les divergences entre les exigences de Trump et de Netanyahu et celles du régime iranien sont considérables. Ce qui pourrait toutefois laisser envisager un accord fragile, c’est que derrière le cessez-le-feu se trouve une compréhension commune : la poursuite de la guerre ne renforcerait aucun des deux camps, mais au contraire les affaiblirait tous les deux.
Socialistes contre la machine de guerre impérialiste
La guerre est le test ultime pour toute organisation et tout mouvement qui se revendique du socialisme. Dès le premier jour, l’International Socialist Alternative et Alternative socialiste ont condamné la guerre impérialiste de Trump et de Netanyahu. Il appartient aux masses iraniennes de renverser la dictature.
Nous avons mis en garde contre toute illusion selon laquelle l’impérialisme souhaiterait un soulèvement populaire en Iran et que la guerre soutiendrait la lutte sur place. C’était exactement l’inverse : elle est devenue un obstacle à la lutte et à toute tentative d’auto-organisation des masses. Le régime a utilisé la guerre comme prétexte pour intensifier la répression intérieure et reprendre le contrôle des rues. Si la pause actuelle dans la guerre se consolide, elle peut accélérer une réorganisation des masses en Iran et donner une impulsion à un nouveau soulèvement, même si celui-ci n’est pas immédiat.
Derrière cette guerre se trouvent différents régimes oppressifs, qui mènent tous une guerre contre les travailleuses, les travailleurs et les pauvres à l’intérieur de leurs propres pays. La position de l’impérialisme américain sur la scène mondiale a été fortement affaiblie par la guerre.
L’impérialisme américain affaibli
Les divisions entre pays occidentaux n’ont probablement jamais été aussi grandes. Le prochain sommet de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) pourrait même être le dernier de cette alliance militaire. Tout cela joue en faveur de l’impérialisme chinois, principal rival de l’impérialisme américain. Il reste toutefois à voir dans quelle mesure la dictature chinoise, secouée par sa crise la plus profonde à ce jour, pourra en tirer profit.
Cependant, le fait que l’impérialisme américain soit une fois de plus victime de sa propre arrogance ne doit pas être interprété comme signifiant que l’administration Trump serait désormais un «canard boiteux» — un régime paralysé. Au contraire, la guerre a renforcé davantage le caractère autoritaire et bonapartiste du régime de crise de Trump, qui tend de plus en plus à gouverner par l’épée, devenant encore plus imprévisible, dangereux et animé d’une soif de revanche.
Très rapidement, Trump pourrait tenter de se venger de l’échec en Iran en intensifiant à la fois ses efforts pour provoquer un changement de régime à Cuba et en attisant le racisme et les «guerres culturelles» à l’intérieur du pays. Cela rend d’autant plus important de mobiliser la résistance aux États-Unis pour une grève nationale le 1er mai.
D’autres conflits à venir
La guerre contre l’Iran a montré qu’aucune puissance impérialiste n’est assez forte pour dicter unilatéralement les conditions du développement mondial ou rétablir un quelconque équilibre des relations internationales. Cette guerre a encore abaissé le seuil de déclenchement de nouvelles guerres. Même si la guerre contre l’Iran est désormais suspendue, le mélange mortel de capitalisme, de nationalisme, de militarisme et de régimes de plus en plus autoritaires menace d’entraîner de nouveaux conflits.
Il est donc encore plus urgent de construire une résistance mondiale contre la guerre, le militarisme et l’impérialisme à travers des manifestations de masse, des blocages et des grèves.
Ce n’est que si la force potentielle de la classe ouvrière se transforme en une force organisée qu’un chemin vers une véritable paix pourra s’ouvrir.
Derrière la guerre et la violence se trouvent la quête de pouvoir, de prestige et de marchés des classes dirigeantes. La lutte pour la paix est donc une lutte contre les causes profondes de la guerre — l’exploitation et l’oppression capitalistes, ainsi que le pillage impérialiste.
La seule voie possible est de construire la lutte des travailleuses, des travailleurs et bâtir un mouvement de masse socialiste capable d’unir les personnes opprimées dans une lutte commune pour un monde socialiste de paix et de liberté.
Rejoignez la lutte pour un monde socialiste libéré de toute violence et oppression — rejoignez Alternative socialiste!

