La terreur de Trump en Iran menace l’économie mondiale

« S’ajoutant à la guerre en Ukraine et aux guerres tarifaires, la guerre contre l’Iran s’annonce comme le plus grand choc stagflationniste que le monde ait connu depuis cinq décennies, » a déclaré Kenneth Rogoff, ancien économiste en chef du Fonds Monétaire International.

Donald Trump a finalement reculé face à son ultimatum du 8 avril qui menaçait d’anéantir l’Iran. Mais le nouveau cessez-le-feu temporaire peut encore évoluer de deux façons. Il est difficile d’imaginer Trump accepter une défaite aussi humiliante. Toutefois, une escalade serait une mesure extrêmement impopulaire à l’échelle mondiale. Cette guerre, qui est en partie une tentative de s’emparer du pétrole iranien, fait suite aux guerres tarifaires qui ne montrent aucun signe de succès. De plus, Trump et son armée privée de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) ont subi un revers majeur à Minneapolis en janvier dernier.

Tarifs extrêmes

On a l’impression qu’une éternité s’est écoulée depuis que Trump a annoncé, le 2 avril 2025, une hausse des droits de douane américains à leur plus haut niveau depuis un siècle. Les soi-disant tarifs du « Jour de la Libération », bloqués par la Cour suprême en février 2026, visaient à consolider la domination économique des États-Unis, à masquer son déclin et à contenir son principal adversaire économique, la Chine.

Ces tarifs extrêmes ont marqué un abandon des méthodes traditionnelles de pression douce utilisées par les administrations précédentes au profit d’une agression prédatrice assumée. Les tarifs n’ont pas provoqué une forte hausse de l’inflation, les entreprises absorbant à contrecœur la majeure partie des coûts, bien que des estimations indiquent qu’ils ont appauvri le ménage américain moyen d’environ 600 $. Par ailleurs, les promesses de Trump selon lesquelles les droits d’importation combleraient miraculeusement le déficit commercial et relocaliseraient les emplois industriels aux États-Unis ne se sont absolument pas concrétisées.

Découplage États-Unis-Chine

Cependant, le monde et les relations commerciales ont changé en 2025. Les deux plus grandes puissances, les États-Unis et la Chine, ont considérablement réduit leurs échanges directs. Les États-Unis ont contraint l’Europe à payer des droits de douane plus élevés pour accéder à leur vaste marché. L’Union européenne a également été frappée par des exportations chinoises à bas prix, tandis que la Chine a dû réorienter ses exportations vers ses voisins proches.

La Russie reste dépendante économiquement de la Chine comme principal importateur de son pétrole, même si la levée temporaire des sanctions et la hausse des prix du pétrole constituent une aubaine. En somme, l’économie mondiale reste profondément affectée par le découplage entre ses deux principales économies, les États-Unis et la Chine.

Sans le boom de l’intelligence artificielle (IA) en 2025, le monde se dirigeait probablement vers une récession. Malgré les investissements extrêmement élevés qui n’ont pas été soutenus par des profits réels, le commerce lié à l’IA a représenté un tiers de la croissance du commerce mondial l’an dernier. Le refroidissement des actions technologiques du Nasdaq cette année suggère que la bulle de l’IA atteint ses limites, la moitié des nouveaux centres de données prévus aux États-Unis pour 2026 étant annulés ou retardés.

Le désastre de la guerre en Iran

Si les preuves des dégâts économiques causés par les tarifs de Trump sont mitigées, sa guerre contre l’Iran constitue, au-delà de sa brutalité humanitaire, un désastre économique total. Le choc énergétique lié à cette guerre ouvre la possibilité d’une crise comparable à celle de 2008, voire à celle de 1973. La guerre en Ukraine de 2022, qui a plongé de nombreuses économies européennes dans une crise énergétique, pâlit en comparaison des conséquences potentielles de la guerre actuelle contre l’Iran.

Au début de cette guerre, le monde se trouvait déjà dans une situation beaucoup plus fragile, avec des niveaux d’endettement bien plus élevés et des taux d’intérêt nettement supérieurs. Les dettes et déficits records limitent la capacité des gouvernements à atténuer le choc pétrolier. Par ailleurs, le chômage augmente progressivement tandis que la confiance des consommateurs diminue.

Si l’Europe a été la plus touchée par le choc énergétique lié à la guerre en Ukraine, le blocage du détroit d’Ormuz frappe déjà plus durement l’Asie et aura des répercussions plus globales. Les États-Unis ont même été contraints d’accorder une levée temporaire des sanctions sur le pétrole russe afin de permettre aux pays asiatiques de l’utiliser, renforçant ainsi l’allié le plus proche de la Chine.

L’opération Epic Fury visait notamment à réaffirmer la domination américaine dans la région et dans le monde. Cependant, l’arrestation ciblée du président vénézuélien et la soumission du nouveau régime n’allaient jamais se répéter en Iran. Le plan de Trump « entrer, conclure un accord et sortir » est en ruines. Pour stabiliser superficiellement les marchés, il est sous pression de déclarer une victoire et de se retirer. Mais en réalité, même un cessez-le-feu prolongé sera perçu comme une défaite et une humiliation majeure pour la puissance américaine. Sa demande au Congrès d’un chèque de 200 milliards $ pour la guerre a été remplacée par une exigence d’augmentation de 600 milliards $ du budget de la défense, signalant une trajectoire vers des conflits plus larges.

Hausse des prix et des taux d’intérêt

Le pétrole brut Brent a récemment connu sa hausse de prix la plus rapide jamais enregistrée, dépassant même celle de la première guerre du Golfe. Une guerre prolongée pourrait faire grimper les prix jusqu’à 180$ / baril, voire au-delà, dépassant les niveaux de la récession de 2008. La crise pétrolière des années 1970 a fait grimper l’inflation au-dessus de 10% pendant près d’une décennie dans une grande partie du monde. Aujourd’hui, la Banque centrale européenne prévoit que la hausse du pétrole pourrait porter l’inflation à 6%. L’inquiétude générale a conduit Goldman Sachs à porter à 30% la probabilité d’une récession américaine dans les 12 prochains mois.

Bien que les États-Unis soient relativement protégés en tant qu’exportateur net d’énergie, cela n’a pas empêché les compagnies pétrolières de pratiquer des hausses de prix abusives. En Californie, l’essence dépasse désormais 7$/gallon. Les prix élevés du carburant affectent tous les biens transportés ainsi que les produits alimentaires dépendants des engrais issus des combustibles fossiles.

Le monde néocolonial subit les plus grandes difficultés face à la hausse des prix, en raison du faible revenu disponible des classes populaires. Les pays d’Asie du Sud et du Sud-Est, fortement dépendants du pétrole du Moyen-Orient, sont devenus des centres industriels énergivores. La hausse des coûts pourrait rendre leurs produits invendables, entraînant des fermetures d’usines et un chômage massif sans protections sociales.

Traditionnellement, les banques centrales augmentent les taux d’intérêt pour freiner l’inflation en réduisant la masse monétaire. Mais même avant la guerre, les taux étaient déjà élevés, notamment en Allemagne et en France. De nouvelles hausses semblent inévitables, aggravant la crise de la demande. Les plans de baisse des taux sont désormais abandonnés.

Stagflation

Malgré les déclarations du président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, visant à minimiser la stagflation — combinaison d’inflation et de stagnation économique — elle semble désormais inévitable. Contrairement à l’inflation post-pandémie, celle à venir sera accompagnée de taux élevés, de licenciements et d’une baisse du pouvoir d’achat.

De nombreux économistes capitalistes attribuent en partie les succès économiques de ce siècle à une manipulation habile des taux d’intérêt par les autorités monétaires. La stagflation place les banques centrales face à un dilemme que les formules habituelles ne permettent pas de résoudre. L’inflation est un cauchemar du point de vue des entreprises : elle fait fuir les acheteurs, détruit la prévisibilité de la planification des affaires et grignote les profits. Cependant, l’antidote à l’inflation, à savoir la hausse des taux d’intérêt, retardera presque à coup sûr toute reprise économique.

La hausse des taux d’intérêt ne menace pas seulement les nouveaux emprunts, mais peut aussi augmenter le coût des emprunts existants : la dette. Les entreprises et les gouvernements sont aujourd’hui plus endettés que jamais. Dans cette nouvelle ère de nationalisme et de guerre, les budgets publics du monde entier augmentent de manière radicale les dépenses de défense. Cela a à son tour contribué à des niveaux records de dette publique déjà existants. Les gouvernements libéraux et de droite ont eu tendance à abandonner une approche budgétaire conservatrice, tandis que les milliardaires continuent d’opérer pratiquement sans impôt, ce qui contribue à gonfler les dettes publiques à l’échelle mondiale.

Cette année, les paiements d’intérêts sur la dette fédérale américaine dépasseront 1 000 milliards $, soit 17% du budget fédéral des États-Unis. Les États-Unis doivent trouver davantage de prêteurs disposés à leur avancer de l’argent. Cependant, les investissements étrangers dans les bons du Trésor américain ont chuté à leur niveau le plus bas depuis 2012. L’héritage du choc tarifaire de l’année dernière a conduit de nombreux investisseurs mondiaux à hésiter à investir aux États-Unis. De nombreux gouvernements étrangers retirent également leurs fonds pour faire face à la hausse des coûts de l’énergie et d’autres dépenses domestiques. Les rendements des bons du Trésor américain — ce que les États-Unis doivent payer pour que les investisseurs achètent leurs obligations — ont augmenté de plus d’un demi-point de pourcentage depuis le début du conflit avec l’Iran. À un moment donné, la capacité des États-Unis à rembourser leur dette pourrait devenir irréaliste.

Nous assistons peut-être à la désagrégation du système du pétrodollar établi dans les années 1970, qui exigeait que les exportations de pétrole soient libellées et négociées exclusivement en dollars américains. Cet accord, conclu principalement avec l’Arabie saoudite et les États du Golfe, était en échange de garanties de sécurité. Ces dollars étaient ensuite recyclés en bons du Trésor américain, renforçant le rôle du dollar comme principale monnaie de réserve mondiale. L’Iran a toujours été une épine dans le pied de cet accord, mais plutôt que de consolider la puissance américaine dans la région, la guerre semble susceptible de produire l’effet inverse.

La crise financière de 2008 et aujourd’hui

De nombreux éléments de l’économie actuelle rappellent la crise financière de 2008. Le boom des centres de données liés à l’IA représente une course qui se terminera, au mieux, par un petit nombre de gagnants et un grand nombre de perdants. À mesure que cette course prendra fin, les répercussions économiques seront très étendues. Une autre issue possible à l’éclatement de la bulle de l’IA est l’effondrement de la confiance dans une économie mondiale stagflationniste, où les taux d’intérêt augmentent fortement et où l’inflation des prix crée une volatilité qui décourage l’investissement.

Parallèlement au boom de l’IA, on observe une énorme expansion du marché du capital privé de 22 000 milliards $, c’est-à-dire l’économie non cotée qui lève et utilise des capitaux pour les start-ups, les rachats d’entreprises et l’octroi de prêts directs, souvent risqués. Ces investissements offrent la possibilité de rendements très élevés, mais avec des risques relativement importants. Un haut responsable bancaire cité par le Financial Times a déclaré que des « signaux d’alarme » retentissent concernant le « découpage et le reconditionnement » des prêts, avec des échos troublants de la manière dont les prêts hypothécaires à risque américains (subprimes) avaient eux aussi été reconditionnés et vendus dans le monde entier à la veille de la crise de 2008.

Les mauvaises pratiques de souscription, les évaluations douteuses, les véhicules d’investissement inadaptés et les fraudes pures et simples sont monnaie courante durant tout boom capitaliste, et encore plus dans les périodes où les gouvernements encouragent ouvertement la dérégulation. Le marché des cryptoactifs, extrêmement peu régulé et perdant désormais une grande partie de son éclat, concentre tout ce qui est problématique dans le capitalisme contemporain.

La nature prédatrice et l’avidité des capitalistes américains connaissent peu de limites. Trump pousse désormais une législation visant à permettre aux fonds de pension d’investir dans ces marchés privés extrêmement imprévisibles. Le capital-investissement ouvre également de plus en plus ses portes aux investisseurs particuliers (issus de la classe ouvrière), doublant ainsi l’exploitation capitaliste de ces derniers. Par ailleurs, le secteur des paris sportifs appauvrit de plus en plus de familles ouvrières, ayant connu une croissance de 21 milliards $ en 2020 à 167 milliards $ aujourd’hui aux États-Unis seulement. Ce qui sous-tend ce processus n’est pas seulement la cupidité des élites, mais aussi un sentiment de pessimisme, de morosité et de cynisme qui imprègne les sommets des entreprises américaines.

Le crédit bon marché de la première partie de ce siècle a également créé de nombreuses entreprises « zombies ». Ces entités génèrent à peine assez de revenus pour payer les intérêts de leurs dettes. La société Xerox, qui a une dette de 4 milliards $, a perdu 95 % de sa valeur boursière au cours des cinq dernières années. Elle ne vaut plus que 100 millions $ en capitalisation boursière. Ces entreprises sont susceptibles d’être rachetées par des capitalistes de « fonds vautours », qui les achètent souvent pour une fraction de leur valeur afin d’en démanteler les actifs.

Selon la New York State Association of Certified Public Accountants, une entreprise américaine sur cinq pourrait être une entreprise zombie. La proportion d’entreprises américaines ayant des difficultés à rembourser leur dette a plus que doublé depuis 2019, atteignant 20%. Andrew Milgram, de Mablegate Asset Management, a qualifié cette période de meilleure opportunité pour les fonds vautours depuis 2008, déclarant au Financial Times : « C’est la plus grande opportunité que j’ai vue de toute ma vie. Je n’aurais jamais imaginé que Dieu me sourirait à ce point. »

L’ensemble de ces dynamiques spéculatives et hyper-prédatrices, combinées à une récession stagflationniste, rendra l’économie comme la crise sociale beaucoup plus explosive.

La Chine ou l’Europe peuvent-elles sauver l’économie mondiale?

L’économie chinoise tente toujours (sans succès) de se remettre de l’effondrement de sa bulle immobilière. Les gouvernements nationaux et locaux sont alourdis par des dettes record. Bien que la Chine ait bénéficié du pétrole russe à prix réduit, elle est également le principal acheteur de pétrole iranien et un client important des États du Golfe, ce qui signifie que la guerre sera plus qu’un simple contretemps pour elle.

BYD, le principal constructeur chinois de véhicules électriques, a vu ses ventes baisser pendant six mois consécutifs. L’industrie automobile chinoise produit désormais 25 millions de véhicules de plus qu’elle ne peut en vendre. Sa dépendance à une croissance tirée par les exportations est tout simplement insoutenable et risque de s’effondrer dans le cadre d’une récession mondiale. Bien que ces véhicules électriques chinois soient de facto interdits aux États-Unis, les Européens appliquent des droits de douane beaucoup plus faibles et espèrent exploiter l’afflux de ces véhicules électriques bon marché pour faire pression à la baisse sur les salaires des travailleurs de l’automobile en Europe, sans pour autant permettre la destruction de leurs propres industries.

Alors que les États-Unis bafouent les lois et réglementations internationales et que la Chine les contourne, seule l’Europe semble défendre l’ancien système fondé sur des règles. Cela ne reflète pas la force de l’Europe, mais sa faiblesse en tant que bloc de puissance mondiale, dont l’influence a fortement décliné par rapport aux États-Unis et à la Chine. La capacité de l’Europe à agir de manière cohérente sur les plans économique et militaire est limitée par l’absence d’un véritable gouvernement central. Les efforts visant à approfondir le marché unique de l’Union européenne ont sans doute atteint leurs limites. L’Europe n’a pas non plus réussi à augmenter sa productivité et se retrouve de plus en plus seule à financer la guerre en Ukraine.

Contrairement à la crise financière de 2008, où les pays les plus riches s’étaient unis pour tenter de sauver leurs économies, la fin de l’ère de la mondialisation néolibérale et la montée du protectionnisme, incarnée par le régime de Trump, rendent les perspectives de coopération beaucoup plus improbables.

Des crises sur le long terme non résolues

Les tensions entre les États-Unis et la Chine expriment la crise du capitalisme au sein des puissances dominantes ainsi que les limites du développement d’une seule puissance autrefois en ascension. La productivité s’est effondrée sur 50 ans dans les économies développées : elle augmentait en moyenne de 4% par an après 1950, puis est tombée à 1,9% entre 1973 et 2009, avant de diminuer encore à 1,2% depuis lors jusqu’à aujourd’hui. Si la productivité a progressé en Chine, son rythme d’évolution a lui aussi commencé à s’aplatir.

La Chine, comme presque toutes les nations développées, est également confrontée à une crise démographique liée au vieillissement. Les taux de fécondité dans les économies riches ont été divisés par deux au cours des 60 dernières années, entraînant des coûts de retraite et de santé bien plus élevés par travailleur qu’auparavant. Un quart de la population japonaise a désormais plus de 65 ans. En Corée du Sud, des jardins d’enfants sont transformés en maisons de retraite et des salles de mariage en salons funéraires. Les politiques actuelles anti-immigration, tant des gouvernements d’extrême droite que des gouvernements libéraux, aggravent cette situation, même d’un point de vue capitaliste.

Les catastrophes climatiques continuent de se multiplier à un rythme croissant. Pourtant, les capitalistes se tournent à nouveau vers la plus polluante des énergies fossiles : le charbon. Alors que les pays riches ont commencé à se détourner de certaines énergies fossiles, ils ont en réalité externalisé leur usage du charbon vers les pays plus pauvres.

Presque tous les pays d’Asie de l’Est ont augmenté leur consommation de charbon. L’Inde produit 75% de son électricité à partir du charbon, et même le Japon en utilise pour un tiers de son mix énergétique. Comme la guerre, le changement climatique enrichit une élite tout en constituant une catastrophe économique pour la classe ouvrière. Des coûts d’assurance liés à la guerre et au climat, devenus impossiblement élevés, seront répercutés dans les prix, l’instabilité étant devenue la norme.

Perspectives

Le détroit d’Ormuz est désormais contrôlé par l’Iran grâce à l’utilisation de drones relativement peu coûteux pour mener des attaques au-dessus des eaux, rendant le transport maritime non assurable. Aucun navire n’a été coulé, pourtant l’Iran est désormais en mesure de taxer les utilisateurs de cette voie maritime, en acceptant des paiements en yuan chinois ou en cryptomonnaies.

La classe dirigeante américaine est consciente que la fermeture fonctionnelle d’Ormuz constitue aussi une répétition générale de la possibilité d’un blocage du détroit de Taïwan ou d’un blocus plus large. Le corridor maritime du détroit de Taïwan est crucial pour la Corée du Sud et Taïwan, qui représentent à eux deux la majeure partie des exportations mondiales de semi-conducteurs. Le principal théâtre d’un futur conflit direct entre les États-Unis et la Chine serait le Pacifique occidental.

L’inflation va de nouveau occuper le devant de la scène mondiale. La guerre en Ukraine a montré que l’inflation n’est pas un choc unique, mais une série de chocs de prix successifs, à mesure que la hausse des prix se diffuse dans l’ensemble de l’économie. La crise énergétique provoquée par la guerre en Iran accélère toutes les crises déjà existantes : inflation, licenciements et dettes insoutenables. Cela accentue également la pression sur les fondations de la bulle de l’IA, rendant son éclatement en 2026 beaucoup plus probable.

En 2003, lorsque la guerre en Afghanistan a commencé, peu auraient imaginé qu’elle durerait 20 ans et coûterait plus de 2 000 milliards $. Même si le cessez-le-feu dans la guerre en Iran devait se prolonger indéfiniment, il faudrait entre 3 mois et 5 ans pour remettre en ligne l’ensemble de la production de pétrole et de gaz naturel.

Avant cette crise pétrolière, le directeur exécutif du Programme alimentaire mondial des Nations unies (PAM) qualifiait 2025 de « pire année » pour la faim depuis des décennies, en raison à la fois des coupes sévères dans l’aide de l’USAID et de l’escalade des guerres à Gaza et au Soudan. Le PAM supprime actuellement 5 000 emplois alors que 300 millions de personnes font face à une faim aiguë. À l’autre extrémité de l’échelle, Oxfam estime que les plus riches ont placé 3 500 milliards $ dans des paradis fiscaux, soit le double du produit national brut des 44 pays les moins développés du monde.

Mais des résistances se développent. Aux Philippines, qui importent 95% de leur pétrole brut, les travailleuses et les travailleurs du transport ont mené une grève générale de deux jours à la fin du mois de mars contre le gouvernement en réponse à la flambée des prix du carburant. « Notre appel est de relier la lutte entre les différents secteurs. Élargir le combat, car il ne s’agit plus seulement du secteur des transports — c’est celui de tout le pays », a expliqué le leader des grévistes Sonny Melencio. Les luttes liées à l’explosion des prix du carburant, à l’inflation et à la hausse du coût de la vie sont susceptibles de se développer ailleurs également.

La Chine pourrait sortir temporairement renforcée de ce conflit. Malgré ses multiples crises internes, elle a stocké davantage de barils de pétrole que tout autre pays et a fait des avancées plus importantes vers l’adoption des énergies durables. L’impérialisme américain, en revanche, est affaibli, surétendu et semble manquer de stratégie cohérente.

Rien de tout cela n’est une bonne nouvelle. Tout cela pointe vers davantage de conflits et de guerres, et une classe ouvrière qui sera appelée à en payer le prix, de sa vie et de son portefeuille. Alors que le chaos capitaliste enveloppe le globe, la nécessité d’une planification socialiste et démocratique de l’économie fondée sur les besoins humains et la protection de l’environnement n’a jamais été aussi urgente.