Illustration sur le coût de la vie

Comme la guerre, le coût de la vie nous saigne à blanc

On sait qu’on est en pleine crise quand la moitié des Canadiennes et Canadiens vivent d’une paie à l’autre, sans parvenir à mettre de l’argent de côté. On le sait, car la moitié de la population est à 200$ ou moins de ne pas pouvoir respecter ses obligations financières mensuelles. On le sait, quand le vol à l’étalage a progressé de 66% depuis 10 ans, dépassant les 180 000 cas. Et ce ne sont que les cas répertoriés.

Tout cela n’est pas surprenant. En mai, le prix moyen d’un litre d’essence à atteint 1,95$ au Québec, une hausse de 27% en un an. Le loyer moyen a augmenté d’environ 30% depuis 2020, tandis que les prix des aliments ont grimpé d’environ 25 à 40%. Nos salaires, eux, ont augmenté d’environ 20% sur  cinq ans en dollars courants, ce qui ne tient pas compte de l’inflation.

La hausse des prix provoquée par la guerre des États-Unis et d’Israël contre l’Iran risque de durer encore un moment. Même si le détroit d’Ormuz devait rouvrir complètement dans les prochaines semaines — ce qui est loin d’être garanti — plusieurs économistes estiment que la hausse des prix provoquée par l’augmentation du coût du pétrole risque de durer encore des mois, voire des années.

Mais cet appauvrissement n’est pas partagé par tout le monde. La richesse des milliardaires du Canada a aussi augmenté de 20%, mais en 12 mois. Il s’agit de la plus forte hausse depuis la pandémie. Plus on paye cher pour notre nourriture et notre essence, plus ces gens s’enrichissent rapidement. Le 10% des familles les plus riches détiennent environ 53% de toute la richesse nette du pays, tandis que les 40% les moins riches n’en détiennent qu’environ 3%.

L’écart entre les riches et les pauvres s’accélère au Canada. Au début des années 1980, le 10% des plus riches recevait environ 30% du revenu national avant impôt. Maintenant, cette part atteint environ 40%. Si les ultra riches ont autant d’argent à dépenser, c’est parce qu’ils l’ont pris directement dans nos poches. Le besoin de renverser ce système économique est plus urgent que jamais.

Les faux espoirs de Carney

L’an dernier, des millions de personnes ont voté pour le libéral Mark Carney parce qu’il promettait de rendre la vie plus abordable au Canada. Après plus d’un an au pouvoir, c’est plutôt l’inverse qui s’est produit. La croissance de la consommation des ménages, qui constituent traditionnellement un pilier de la demande commerciale, provient de moins en moins de leurs revenus, mais plutôt de leurs épargnes et emprunts.

Même si les intentions de vote demeurent fortes envers le Parti libéral du Canada, surtout au Québec, le taux de satisfaction envers le gouvernement Carney a baissé de 8% en juin, passant de 63% à 55%.

Cette chute risque de se poursuivre, car les choses ne vont pas s’améliorer au niveau mondial. L’économie du Canada est en récession technique, ce qui veut dire que notre croissance économique est inférieure au niveau de l’inflation. Le gouvernement Carney tente de naviguer dans cette situation en endettant massivement l’État pour financer des investissements colossaux dans le secteur de l’énergie, des ressources naturelles et de l’armement.

Comment renverser ces tendances?

Aucun parti actuel ne propose d’appliquer les mesures nécessaires pour en finir avec la crise du coût de la vie, comme exproprier le secteur de la construction résidentielle pour construire massivement des logements publics de qualité ou encore nationaliser sous contrôle démocratique le secteur de l’énergie. Pourquoi? Parce que proposer un tel programme irait directement contre les intérêts des plus grandes compagnies, des familles les plus riches, des banques, des médias de masse, des Chambres de commerces, des associations de patrons, et on en passe.

Le système est organisé pour que les grandes entreprises et leurs propriétaires continuent de décider de ce qui est produit, de ce que ça coûte et de la façon dont les richesses sont réparties. Le système au complet est conçu pour maintenir ce statu quo.

La solution ne peut reposer sur un parlementarisme de collaboration ou la négociation de contrats de travail «de bonne foi» avec les patrons. On le voit depuis des décennies avec les élu·es de Québec solidaire qui agissent comme s’ils pouvaient faire «entendre raison» au gouvernement. De leur côté, les directions syndicales négocient avec les patrons comme s’ils étaient sur le même pied d’égalité. Résultat? Reculs après reculs, défaites sur défaites. Les patrons? Plus riches que jamais. Le gouvernement? Plus autoritaire que jamais avec ses lois anti-syndicales.

Pour s’attaquer réellement à la crise du coût de la vie, les travailleuses et les travailleurs ont besoin d’utiliser leurs outils les plus puissants: l’organisation et la coordination de mouvements de grèves, de débrayages et de manifestations capables de faire reculer les patrons et leurs partis politiques. C’est ce qui a permis à la classe ouvrière de faire des gains en situation d’inflation dans les années 1970 et de gagner des formes d’indexation des salaires. En réalité, notre histoire est traversée d’exemples de victoires du mouvement ouvrier, acquises parfois de manière légale, mais souvent non.

Le mouvement ouvrier se doit de bâtir une aile parlementaire oppositionnelle, basée sur la mobilisation des masses, afin de changer les lois et de placer immédiatement les grandes entreprises énergétiques et les principales chaînes d’alimentation sous propriété publique et démocratique. À ce moment, il serait possible de réduire réellement les factures d’électricité et les coûts des services essentiels.

Poser les bases politiques dès maintenant

D’ici à ce qu’un tel mouvement ouvrier et socialiste se dessine, il est possible de poser les bases politiques de ce projet aux prochaines élections provinciales. Nous avons besoin d’élu·es socialistes issu·es des luttes du mouvement ouvrier. Des gens prêts à s’attaquer de front aux grands propriétaires, aux capitalistes et à leur propriété privée.

Ce projet doit s’inscrire dans la construction d’un vaste mouvement international contre la guerre et les dépenses militaires, enraciné dans les milieux de travail, les syndicats et les établissements scolaires. Pour mener ce combat jusqu’au bout, nos syndicats et nos mouvements doivent rompre avec tous les partis capitalistes et réformistes au service des entreprises, grandes ou petites. Nous devons miser sur l’indépendance et la force politique de la classe ouvrière, la seule capable de transformer la société. Ultimement, nous devons bâtir un grand parti des travailleuses et des travailleurs, doté d’un programme socialiste, enraciné dans les luttes des communautés et capable de les coordonner à grande échelle.

La crise du coût de la vie n’est pas un accident. C’est le résultat d’un système où les décisions sont prises d’abord pour protéger les profits plutôt que pour répondre aux besoins de la population.

Il maintient les milliardaires au pouvoir et nous conduit dans l’impasse. Tant qu’ils contrôlent l’économie, chacune des victoires que nous arracheront sera tôt ou tard remise en question. Voilà pourquoi nous luttons pour une société socialiste, où la classe ouvrière pourra planifier démocratiquement l’utilisation des immenses richesses de la planète afin de répondre aux besoins de l’ensemble de la population, plutôt qu’aux intérêts d’une poignée de privilégiés. Chacune et chacun a un rôle à jouer dans cette lutte. Joignez-vous à nous!

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