Illustration Trump avec missile

La guerre de Trump plonge l’économie mondiale dans la crise

La guerre en Iran, en plus de ses impacts humains dévastateurs, a réduit pendant plus de deux mois l’approvisionnement en pétrole du Golfe et provoqué la plus grave crise pétrolière depuis des décennies. La hausse des prix à la pompe n’est qu’un début. Tous les biens transportés verront désormais leur coût augmenter. Les prix des aliments seront également poussés à la hausse à mesure que les coûts des engrais s’envolent.

De plus, cette guerre a éclaté alors que les économies mondiales étaient déjà aux prises avec une faible demande, une remontée du chômage, un endettement record et des taux d’intérêt élevés. Contrairement à l’inflation de 2022, celle-ci risque de s’accompagner d’une économie stagnante, rappelant la stagflation que les États-Unis n’avaient pas connue depuis la fin des années 1970, époque où les taux d’intérêt atteignaient des niveaux paralysants.

Les bombardements de Trump et ses tarifs douaniers constituent, d’une manière maladroite et brutale, une tentative d’enrayer le déclin relatif de la puissance économique et militaire des États-Unis dans le monde. Mais ils ont fini, involontairement, par produire l’effet inverse.

Le blocage du détroit d’Ormuz et les cessez-le-feu semblent être remis en question toutes les cinq minutes. L’incertitude paraît être la seule certitude. Même si la guerre prenait fin demain, l’inflation ne disparaîtrait pas du jour au lendemain.

Les travailleuses et les travailleurs paient la guerre de Trump

Déjà, les pénuries de carburant frappent plus durement l’Afrique et l’Asie. Le gouverneur de la banque centrale du Pakistan a expliqué que le conflit avait provoqué «un transfert massif de richesse des pays importateurs d’énergie vers les pays exportateurs d’énergie». À l’échelle mondiale, les riches s’enrichissent davantage, tandis que les pauvres s’appauvrissent encore.

Même si les États-Unis sont relativement mieux protégés contre le choc énergétique en tant qu’exportateurs nets de pétrole et de gaz, cela n’a pas empêché les compagnies pétrolières américaines de profiter de la situation pour gonfler leurs prix. En Californie, le gallon d’essence a dépassé les 7$ US (≈ 2,50 $ CAD le litre). Le capitalisme ne peut tout simplement pas résister à l’occasion de tirer profit d’une crise.

L’inflation est profondément déstabilisatrice pour le capitalisme: elle réduit la demande de biens et rend toute planification des entreprises beaucoup plus incertaine.

Traditionnellement, les gouvernements combattent l’inflation en augmentant les taux d’intérêt, comme ils l’ont fait après la pandémie, lorsque ceux-ci sont passés de 0% en 2020 à 5% en 2024. Des taux élevés ralentissent les emprunts, refroidissent l’économie et permettent ainsi de ramener les prix «sous contrôle».

Avant la guerre, face au ralentissement économique, toutes les grandes banques centrales prévoyaient réduire les taux d’intérêt, qui étaient à leur niveau le plus élevé depuis des décennies, afin de relancer l’activité économique. Depuis le début du conflit, toutes ces baisses ont été annulées. Cela signifie que la population continue de faire face à des taux d’intérêt élevés sur les hypothèques, les prêts automobiles et d’autres formes de crédit, en plus des prix élevés des aliments et du carburant.

Une nouvelle crise financière?

Le choc énergétique provoqué par la guerre en Iran ouvre la possibilité d’une répétition de la crise économique de 2008. Cette récession a coûté leur emploi, leur logement, leurs économies et leur retraite à des millions de personnes aux États-Unis. Elle a toutefois été largement surmontée grâce à une coopération internationale et à un recours massif à l’endettement public — deux éléments qui paraissent aujourd’hui très improbables.

L’éléphant dans la pièce est le niveau d’endettement record de presque tous les gouvernements. La dette fédérale américaine, qui atteint 39 000 milliards $, représente 125% du produit national brut (PNB) des États-Unis, soit le double de son niveau de 2007. Le gouvernement fédéral consacre déjà 17% de son budget au paiement des intérêts sur cette dette.

Le tiers de la croissance du commerce mondial au cours de la dernière année est attribuable aux échanges liés à l’intelligence artificielle (IA), ce qui contribue à soutenir une économie fragile. Pourtant, les valorisations astronomiques de l’IA ne se traduisent pas encore par des profits réels. De plus, une grande partie des centaines de milliards $ investis dans ce secteur provient d’emprunts, et la bulle de l’IA pourrait ne pas résister à l’épreuve de taux d’intérêt durablement élevés.

Parallèlement au boom hautement spéculatif de l’intelligence artificielle, on assiste à l’essor du marché du capital privé, évalué à 22 000 milliards $. Un important banquier cité par le Financial Times affirme que «les signaux d’alarme se multiplient» en raison du «découpage et reconditionnement» des prêts. Cette situation rappelle de façon troublante le mécanisme par lequel les prêts hypothécaires à risque (subprimes) américains avaient été reconditionnés puis revendus partout dans le monde avant le krach financier de 2008.

Une entreprise américaine cotée en bourse sur cinq serait désormais une «entreprise zombie», c’est-à-dire une société qui ne génère pas suffisamment de revenus d’exploitation pour payer les intérêts de sa dette. Leur nombre atteint son plus haut niveau depuis 2022. Chaque hausse des taux d’intérêt rapproche davantage les entreprises fortement endettées de l’insolvabilité. Une vague de faillites provoquée par l’augmentation du coût des emprunts pourrait déclencher un effet domino difficile à maîtriser.

Toutes ces caractéristiques spéculatives et hyperprédatrices du capitalisme contemporain, combinées à une récession stagflationniste, rendraient la crise économique et sociale encore plus explosive.

Le déclin mondial de l’impérialisme américain

Pourquoi Trump est-il prêt à courir le risque d’une crise mondiale? L’impérialisme américain, sous la direction de Trump, a centré sa stratégie sur l’endiguement de son principal rival économique : la Chine. Au Moyen-Orient, cela signifie s’opposer au principal allié régional de Pékin, l’Iran. Jusqu’à présent, cette stratégie ne s’est toutefois pas révélée favorable à Trump.

La dictature chinoise peut paraître plus stable que la «démocratie» des États-Unis, mais elle est aussi confrontée à ses propres problèmes: des niveaux records d’endettement privé et public et une faible demande intérieure. Pour la première fois depuis le début du siècle, la Chine connaît un renversement de la migration des campagnes vers les villes, un signe important de la montée du chômage.

Pendant ce temps, l’impérialisme américain apparaît lui-même de plus en plus dispersé et semble manquer d’une stratégie cohérente à long terme. La réponse de Trump consiste à accroître massivement les dépenses militaires. Il propose d’augmenter le budget de la défense de 50%, pour le porter à 1 500 milliards $ d’ici 2027.

De telles dépenses enrichissent les milliardaires de l’industrie de l’armement, de la finance, de la technologie et d’autres secteurs étroitement liés à la production militaire. En revanche, elles sont un désastre pour la viabilité à long terme de la dette. Tant le Parti démocrate que le Parti républicain chercheraient ultimement à faire payer ces déficits budgétaires à la population travailleuse, par des compressions dans les services publics et une hausse des impôts pesant sur les gens ordinaires.

La classe ouvrière : la clé pour transformer la société

La vague inflationniste de 2022 a entraîné un regain important du mouvement ouvrier. De nombreuses personnes syndiquées ont obtenu des augmentations salariales à deux chiffres. Le faible taux de chômage et la hausse des prix ont renforcé la confiance des travailleuses et des travailleurs à mener des luttes, malgré les réticences de plusieurs directions syndicales à les diriger.

Les grèves et les conflits de travail, notamment ceux des travailleuses et travailleurs de l’automobile des Big Three et des camionneurs des Teamsters chez UPS, ont bénéficié d’un vaste appui populaire parmi des millions de personnes.

Une économie marquée par la stagflation pose toutefois des défis différents. À mesure que les mises à pied se multiplient, les employeurs feront pression sur les directions syndicales afin qu’elles renoncent à ce qu’elles qualifieront de revendications salariales «déraisonnables». Autrement dit, elles devront accepter que l’inflation continue d’éroder les salaires. La montée du chômage sera utilisée comme une arme pour intimider les travailleuses et les travailleurs pour les pousser à accepter des reculs.

Les socialistes et les syndicalistes combatifs doivent au contraire défendre l’idée que ce sont les patrons — et non la classe ouvrière — qui doivent payer le prix de la récession en appuyant cette revendication par la lutte collective. Nous ne sommes pas responsables de cette crise.

Aux États-Unis comme ailleurs dans le monde, des millions de personnes peinent déjà à survivre. Elles n’auront guère d’autre choix que de se battre face au choc énergétique et à la crise économique plus générale qui bouleverse leur existence. Même avant la guerre, une vague de mouvements dirigés par la génération Z avait déjà éclaté dans de nombreux pays, où les jeunes ont manifesté contre la corruption des gouvernements et l’absence de toute perspective d’avenir stable.

Des guerres sans fin et des économies organisées uniquement au bénéfice des ultra-riches ne feront que renforcer la détermination de millions de personnes à lutter pour une société différente.

Alors que le chaos du capitalisme engloutit la planète, la nécessité d’une économie socialiste démocratiquement planifiée, organisée en fonction des besoins humains et de la durabilité environnementale, devient plus urgente que jamais. Les travailleuses, les travailleurs et les jeunes ont un besoin pressant de mettre sur pied leurs propres partis politiques, indépendants des grandes entreprises et des riches, afin de lutter pour la paix, la sécurité économique et la fin de toutes les formes d’oppression.

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