Les mois de mai et de juin de cette année ont vu des villes européennes suffoquer sous des températures record: des 35°C enregistrés dans les rues de Londres aux 30°C à Shannon, en Irlande, en passant par la décision de Paris d’autoriser la baignade dans les canaux alors que la France connaissait sa journée la plus chaude jamais enregistrée, avec des températures dépassant les 40°C.
Les vagues de chaleur deviennent de plus en plus fréquentes et intenses dans un monde dont la température moyenne est aujourd’hui supérieure d’environ 1,4°C à celle de la fin du XIXe siècle. Pendant ce temps, le recours persistant aux combustibles fossiles continue de pousser la planète vers une hausse catastrophique des températures. Une fois certains «points de bascule» franchis, les écosystèmes indispensables au maintien de la vie ne pourront plus retrouver leur fonctionnement normal.
El Niño
L’une des caractéristiques de cette nouvelle ère d’instabilité environnementale est le rôle d’El Niño (le Petit Garçon) et de La Niña (la Petite Fille). Ces appellations désignent les cycles naturels de réchauffement et de refroidissement des eaux de l’océan Pacifique.
Reposant sur des variations de la pression atmosphérique entre les secteurs est et ouest du Pacifique tropical, El Niño se caractérise par une augmentation de la température de surface de la mer d’au moins 0,5°C au-dessus de la moyenne à long terme, tandis que La Niña correspond à des épisodes où cette température est inférieure à la moyenne. Bien qu’il s’agisse d’un phénomène naturel, les effets d’El Niño ont été considérablement aggravés par les changements climatiques à l’échelle mondiale, entraînant sécheresses, pénuries et destructions.
Les conditions créées par une économie capitaliste alimentée par les combustibles fossiles font en sorte qu’El Niño, en interagissant avec la crise climatique, provoque des conséquences humaines toujours plus dévastatrices. Jadis phénomène météorologique périodique, connu des marins dès le XVIIe siècle, El Niño est désormais susceptible, sous l’effet du réchauffement climatique, de prendre la forme de «super El Niño» beaucoup plus intenses et durables.
Les données disponibles indiquent une probabilité de 80% qu’un épisode d’El Niño débute en juin 2026 et se prolonge jusqu’en 2027. De nombreuses prévisions laissent entendre qu’il pourrait s’agir de l’un des épisodes les plus puissants jamais observés. Lorsqu’il se manifeste, ce phénomène frappe différentes régions du monde avec une intensité variable: inondations sur le territoire continental des États-Unis, sécheresses sur le sous-continent indien ou encore hivers particulièrement rigoureux au Royaume-Uni. Sa principale caractéristique est l’instabilité: des conditions irrégulières et violentes qui perturbent autant la vie humaine que la vie animale. Le dernier épisode d’El Niño a contribué à faire de 2024 l’année la plus chaude jamais enregistrée.
Les profits avant une planète habitable
Les preuves du réchauffement climatique apparaissent dans les études scientifiques depuis au moins 1896. Dès 1938, l’ingénieur Guy Callendar établissait un lien direct entre la hausse des températures et la production industrielle. Pourtant, la classe capitaliste n’a pratiquement rien fait pour empêcher la course effrénée vers l’effondrement écologique.
L’objectif de carboneutralité, pourtant indispensable à la préservation de conditions de vie habitables, a pratiquement été abandonné par les dirigeants politiques. Il est désormais ouvertement tourné en dérision par des responsables politiques favorables au capitalisme: le parti Reform UK promet de «mettre fin» aux contrats liés aux énergies renouvelables et défend la fracturation hydraulique, tandis que Donald Trump martèle son slogan Drill, baby, drill. Plus récemment, Tony Blair a exhorté avec insistance Keir Starmer et ses éventuels successeurs à «abandonner» les engagements de carboneutralité afin de se rapprocher des positions de Trump.
Les COP29 et COP30 (les conférences des Nations unies sur le climat) ont été marquées non pas par des avancées en matière de coopération internationale, mais par la présence de plus d’un millier de lobbyistes de l’industrie des combustibles fossiles, soit 70% de plus que le nombre total de délégués des dix pays les plus vulnérables aux changements climatiques réunis.
L’intensification de la rivalité impérialiste, notamment entre les États-Unis et la Chine, pousse les gouvernements à investir massivement dans le militarisme. Cette dynamique a encore davantage freiné les efforts, même symboliques, visant à réduire la pollution, tandis que les politiques environnementales sont discrètement abandonnées et que les ressources naturelles sont pillées au nom du profit.
Au cours des cinq dernières années, les quatre plus grandes compagnies pétrolières ont engrangé plus de 420 milliards $ de profits combinés. Elles tirent avantage des incertitudes provoquées par les guerres, tandis que les travailleuses et les travailleurs en paient le prix, tant par la hausse des coûts de l’énergie que par les conséquences directes des phénomènes météorologiques extrêmes que ces entreprises ont contribué à aggraver. Au-delà des déplacements étouffants dans les transports en commun ou des nuits sans sommeil à cause de la chaleur, les effets de la quête incessante de profits du capitalisme sur une planète en surchauffe ont des répercussions profondes.
Les infrastructures ne sont tout simplement pas préparées aux conséquences écologiques de la crise climatique. Au Royaume-Uni, les bâtiments résidentiels sont mal adaptés aux chaleurs extrêmes et aux fortes précipitations: 90% des logements risquent de surchauffer pendant les mois d’été et 6,3 millions de propriétés sont exposées à un risque immédiat d’inondation. Les coûts de cette catastrophe écologique sont transférés de ceux qui en tirent profit vers les familles pauvres et ouvrières du monde entier.
Les prix de l’énergie, déjà fortement gonflés par la fermeture du détroit d’Ormuz, subiront également les effets de la demande concurrente en gaz naturel liquéfié destiné aux systèmes de chauffage et de climatisation, ce qui devrait ajouter 211 £ par année (environ 400$ CAD) à la facture énergétique moyenne. En Angleterre, le système privatisé d’approvisionnement en eau devrait régulièrement afficher un déficit de cinq milliards de litres par jour par rapport aux besoins nationaux durant les mois d’été, ce qui contribuera également à faire augmenter les prix.
Une révolution socialiste est nécessaire pour sauver l’environnement
Il est désormais évident qu’aucune solution ne peut venir du système capitaliste, qui fait passer les profits avant la protection de l’environnement et la vie de la classe ouvrière. Tant que le capitalisme demeurera le système économique dominant à l’échelle mondiale, la destruction du climat restera la norme.
Nous avons un besoin urgent d’un nouveau mouvement climatique dirigé par les syndicats, la classe ouvrière et les jeunes, qui lutte pour des investissements massifs dans les énergies renouvelables, des transports publics gratuits et des logements écologiques et abordables. Au lieu de réclamer l’expansion d’industries polluantes comme l’exploitation pétrolière de la mer du Nord au nom de la «protection des emplois», les syndicats devraient défendre une transition dirigée par les travailleuses et les travailleurs, accompagnée d’investissements massifs dans des emplois verts offrant des salaires et des conditions de travail négociés syndicalement. Les travailleuses et les travailleurs des secteurs polluants sont les mieux placés pour élaborer les plans de reconversion industrielle et de formation nécessaires afin d’assurer une transition vers des emplois écologiquement durables, sans perte d’emploi, de salaire ni de conditions de travail.
Les grandes entreprises, les banques et les sociétés énergétiques doivent être nationalisées, retirées des mains des milliardaires et placées sous le contrôle de la population. Cela permettrait de mettre en place une économie socialiste planifiée et démocratiquement gérée, où la production serait déterminée par les besoins de l’humanité et de la planète, plutôt que par la recherche du profit.
Il est impossible de concilier le fonctionnement du système capitaliste avec une véritable protection de l’environnement. La concurrence ne cédera pas spontanément la place à la coopération, pas plus que les profits d’une minorité ne seront sacrifiés au bien-être de la majorité, à moins qu’un puissant mouvement socialiste de la classe ouvrière ne s’organise pour imposer ce changement.
Léon Trotsky, l’un des dirigeants de la Révolution russe, écrivait un jour:
Tant que la force de travail humaine, et par conséquent la vie elle-même, sont des articles de commerce, d’exploitation et de dilapidation, le principe du « caractère sacré de la vie humaine » n’est que le plus infâme des mensonges, dont le but est de maintenir les esclaves sous le joug.
Nous avons besoin d’une révolution complète de la structure de la société et du mode de production afin de nous éloigner du précipice vers lequel le 1% nous a conduits. Nous avons besoin du socialisme.

