Le 14 juin, les membres de Socialist Alternative, de Los Angeles à New York, se sont joints à des millions de gens ordinaires pour protester contre le régime autoritaire de Trump et sa campagne de terreur contre les personnes immigrées. Plus de 2 000 manifestations organisées dans tout le pays ont abouti à la plus grande mobilisation anti-Trump jamais organisée. Il s’agit certainement de la plus grande journée de protestation de l’histoire des États-Unis, avec des rapports estimant entre 5 et 10 millions de participants et participantes.
Les millions de personnes qui sont descendues dans la rue contrastent fortement avec les 28 chars Abrams qui ont traversé Washington pour l’anniversaire de Trump, le même jour. Le défilé militaire de Trump, qui a coûté près de 50 millions $, a rassemblé bien moins que les 200 000 personnes attendues. C’est à peine 4% du nombre de gens qui ont protesté contre Trump, tout au plus.
Si le mouvement anti-Trump a un énorme potentiel de croissance, vaincre Trump n’est pas garanti et nécessitera une sérieuse escalade.
Au cours des dix derniers jours, Trump a considérablement intensifié les raids de l’ICE, avec pour objectif d’expulser 3 000 personnes immigrantes sans papiers par jour. S’il est peu probable que la machine à expulser de Trump, qui coûte très cher, atteigne ses objectifs, il est clair qu’il ne s’arrêtera pas tant que nous ne l’arrêterons pas. Pour Trump, l’objectif le plus important est de normaliser ces raids brutaux et d’instiller la peur et l’intimidation dans les communautés immigrées et plus largement dans la classe ouvrière.
L’impitoyabilité de Trump en matière d’immigration ne vient pas d’une position de force, mais de faiblesse. Trump se trouve aujourd’hui dans la position la plus faible de son second mandat. Sa politique étrangère est en lambeaux, car sa promesse de paix capitaliste au Moyen-Orient s’est révélée être un fantasme total. Et il n’y a pas de paix en Ukraine. Son «Big Beautiful Bill» et sa politique économique sont profondément impopulaires parmi de larges pans de la classe ouvrière et de la classe dirigeante. Sa rupture publique avec Elon Musk a révélé les fissures au sein de la coalition MAGA. Trump est à la tête de l’impérialisme américain qui est, en bref, dans le pétrin. Les déportations massives sont un moyen pour Trump de raffermir sa poigne et de détourner l’attention de ses échecs tout en étouffant les villes principalement dirigées par les démocrates. Mais jusqu’à présent, son plan s’est retourné contre lui.
Le 14 juin a marqué un tournant historique potentiel dans la lutte anti-Trump. Des centaines de milliers de travailleuses, de travailleurs et de jeunes ont été attirés par un mouvement pour la toute première fois: 75 000 personnes à Chicago, 100 000 à Philadelphie et près de 200 000 dans plus d’une douzaine de manifestations à Los Angeles. 50501, l’organisation majoritairement libérale qui a planifié les manifestations No Kings du 14 juin, avait fixé la journée nationale de protestation il y a plusieurs mois. Les manifestations anti-ICE qui ont éclaté à Los Angeles en réponse aux attaques autoritaires de Trump – comme le déploiement de la Garde nationale et des Marines dans la ville – ont amplifié la journée d’action, rassemblant plus de jeunes et de personnes de couleur que les événements précédents de 50501. Non seulement plus de personnes sont descendues dans la rue, mais le niveau d’énergie élevé lors des manifestations a reflété un plus grand niveau de confiance dans le fait que Trump peut réellement être repoussé.
Les membres de Socialist Alternative ont parlé à des milliers de personnes d’une question clé: que fait-on ensuite? Les mouvements de protestation peuvent motiver et encourager encore plus de travailleuses et de travailleurs à rejoindre la lutte et à reconnaître le rôle que nous pouvons jouer pour changer le cours des événements. Mais Trump ne tombera pas sans un combat encore plus important. Comment se battre est donc la question fondamentale à se poser.
Nous devons intensifier le mouvement pour adopter des tactiques plus militantes, comme l’action directe de masse et la désobéissance civile. Le mouvement ouvrier doit également peser de tout son poids grâce à la puissance de la grève. C’est pourquoi Socialist Alternative a lancé Union Members Against ICE, une pétition que près de 1 000 membres de syndicats à travers le pays et dans le monde ont déjà signé pour demander aux directions syndicales d’immédiatement préparer une grève nationale d’une journée contre Trump et l’ICE.
Il importe également de savoir aux côtés de qui nous nous battons. Malheureusement, les démocrates se sont vus confier les microphones lors de bon nombre de ces manifestations, voyant là une occasion d’entamer leur campagne de mi-mandat. Mais les démocrates sont profondément impliqué·es dans les politiques de déportations violentes. Joe Biden a ordonné la déportation d’un nombre plus important de personnes immigrées au cours de sa dernière année que Trump n’a pu le faire jusqu’à présent. Barack Obama est connu dans de nombreuses communautés immigrées comme le «Déporteur en chef». Le gouverneur démocrate de Californie, Gavin Newsom, n’a eu aucun problème à coopérer avec l’ICE. En fait, il s’est vanté d’avoir travaillé avec eux «plus de 10 500 fois».
Les démocrates peuvent se présenter comme l’opposition anti-Trump, mais ils et elles sont incapables d’arrêter Trump. En tant que parti capitaliste, le Parti démocrate ne construira ni ne soutiendra jamais le type d’action militante ouvrière qui peut réellement arrêter l’extrême droite. Les démocrates craignent que le mouvement échappe à leur contrôle et se retourne contre le système qu’ils et elles cherchent aussi à protéger. Les démocrates ne représentent pas notre mouvement. Ce parti veut simplement le coopter, comme il l’a fait il y a cinq ans avec Black Lives Matter, lorsque plus de 20 millions de personnes sont descendues dans la rue pour dénoncer le racisme systémique et la violence policière. Nous avons besoin d’un nouveau parti de la classe ouvrière qui n’accepte pas l’argent des entreprises et qui construit réellement des mouvements pour faire tomber non seulement Trump, mais aussi le système pourri qui l’a engendré.
Les manifestations du 14 juin ont été une démonstration de force cruciale de la part des travailleuses et des travailleurs, dont beaucoup n’avaient jamais participé à une manifestation de leur vie. Mais ces personnes ont compris la nécessité de s’impliquer. Malheureusement, les organisateurs n’ont pas proposé de mesures concrètes pour intensifier le mouvement au moment où des millions de personnes étaient là pour l’entendre. Une action d’escalade et des revendications claires et unificatrices pourraient amener plus de jeunes et de personnes de couleur dans le mouvement, ce qui est nécessaire de toute urgence. Un nouvel abus de pouvoir de l’administration Trump pourrait facilement provoquer une nouvelle vague de mobilisations explosives.
Si vous, vos ami·s et vos collègues cherchez des moyens de continuer à construire le mouvement anti-ICE aux États-Unis, contactez Union Members Against ICE pour discuter des prochaines étapes d’organisation syndicale contre les déportations et pour une grève d’une journée (vous n’avez pas besoin d’être membre d’un syndicat pour y assister). Nous pouvons vaincre Trump et l’extrême droite, mais seulement si nous sommes mieux organisé·es. Nous avons besoin de plus de socialistes dans nos syndicats et dans nos mouvements pour promouvoir les stratégies et les tactiques qui seront nécessaires pour gagner. Rejoignez Socialist Alternative dès aujourd’hui!

