Comment stopper la machine de guerre canadienne?

Ce texte provient de la présentation d’Émily P.-G. offerte lors de l’événement Stoppons la machine de guerre canadienne du 16 mai 2026. La présentation est disponible sur Patreon.

Depuis la pandémie de COVID-19, on se le fait dire, l’économie va mal ! Elle stagne. Les capitalistes ont soufflé dans l’immobilier, créant une belle bulle. Mais ça n’a pas suffi pour rétablir leurs profits. «Qu’est-ce qu’on pourrait faire, se disent-ils. Des investissements dans l’armement!» C’est là-dessus que comptent maintenant les pays de l’OTAN pour relancer leur économie. 

Mais ça, c’est leur choix. Leur économie. Pendant que les investissements en armements augmentent, nos conditions de vie, nos conditions de travail et l’état de l’environnement se détériorent. C’est comme ça partout. Ici aussi, au fédéral et au provincial, depuis plusieurs années – même si on dirait que ça paraît davantage depuis le retour de Donald Trump – l’armement, c’est le choix d’investissement #1.

Legault a fait de l’industrie de la défense l’une de ses trois priorités. Il a même demandé à Investissement Québec et à la Caisse de dépôt et placement du Québec de changer leurs règles afin de permettre d’investir dans la production d’armes.

La CAQ priorise neuf mégaprojets industriels militaires totalisant de 11 à 16 milliards $. Ces projets concernent  les secteurs de l’aérospatiale, des mines, de la transformation métallique et des technologies de pointe – qui comprend l’intelligence artificielle et la cybersécurité.

Et là, comme le Canada a été choisi pour accueillir la future Banque de la défense, de la sécurité et de la résilience (BDSR), le gouvernement de la CAQ met les bouchées doubles pour qu’elle soit installée à Montréal. «Oui, ça créerait de l’emploi.»

Mais le développement d’un réseau de trains interurbains électriques et de systèmes de transport en commun efficaces, aussi! La construction de logements publics, aussi!

De l’argent pour les services publics, pas l’armement!

En ce moment, des projets de remise à neuf d’écoles primaires se font aux coûts de 30 millions $. Avec 11 milliards, on pourrait mettre plus de 350 écoles à neuf! Ça pourrait équivaloir aussi à des milliers d’infirmières supplémentaires dans le système de santé et la construction ou la rénovation majeure de CHSLD!

On se rappelle qu’il y a un an, les Canadiens et Canadiennes ont voté pour Mark Carney parce qu’il s’est vendu comme étant le seul capable de tenir tête à Trump. Première affaire qu’on sait : il a fait ce que demandait le président américain et a investi de manière historique dans l’armement.

Et en plus, il s’est engagé à ce que les dépenses militaires correspondent à 5% du PIB d’ici 2035. Ça veut dire que les dépenses militaires vont passer de 62,7 milliards $ à 150 milliards $. Avec cet argent, on pourrait enfin avoir un train  public à grande vitesse Toronto-Québec! Avec les subventions à la SCHL, le fédéral pourrait financer des centaines de milliers de logements.

Notre argent pour les marchands de mort

Non seulement l’argent est investi pour l’armée canadienne, mais on parle ici surtout d’engloutir des milliards dans des compagnies privées, en espérant qu’elles nous donnent de bons emplois.

Selon l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS), les entreprises espèrent s’enrichir grâce aux dépenses militaires du gouvernement. Elles ont raison parce que les retombées profitent surtout aux riches industriels. Les études sur les retombées économiques ne vont pas dans le même sens que ce que dit le gouvernement. Au contraire, ce type de dépenses nuit à l’économie à long terme, parce qu’elles détournent des ressources qui auraient pu être investies dans les secteurs productifs et structurants comme la santé ou l’éducation.

Ces investissements nous nuisent. Ils attaquent nos conditions de vie plus que tout autre plan d’investissement gouvernemental.

La pire industrie polluante

L’industrie militaire nous nuit entre autres parce qu’elle est la plus polluante de toutes. Elle engendre des catastrophes environnementales (destruction de territoires, pollution de l’air) qui entraînent des troubles de santé chez les humains, les animaux et les végétaux.

D’ailleurs, parlons de danger! La crise écologique, c’est pas mal la menace la plus importante pour notre sécurité. Dans un autre article de l’IRIS, il est expliqué que «les équipements militaires ont un lourd bilan carbone et le ministère de la Défense est de loin l’organisme fédéral qui émet le plus de GES, une réalité qui va empirer à mesure que les dépenses militaires augmenteront».

Cette industrie nous nuit parce qu’elle nécessite une vague d’austérité dans les services publics pour se financer. L’économie d’armement et les guerres, ce n’est pas le choix des travailleurs et des travailleuses.

On n’a pas voté pour ça

Personne n’a voté pour le génocide à Gaza ou la guerre en Iran. Personne n’a voté pour que les États-Unis enlèvent le président du Venezuela ou pour financer la guerre en Ukraine et toutes les autres qui viendront. On n’a pas voté pour ça, mais les travailleurs et travailleuses du Québec et du Canada y participent indirectement.

Du refus à l’organisation

Comment on change les choses? On doit investir nos organisations de lutte, comme nos syndicats et nos associations étudiantes. On peut et on doit les utiliser pour mobiliser massivement sur des enjeux concrets, économiques, qui nous affectent dans la vie de tous les jours.

Ces enjeux économiques qui nous affectent ne «pop» pas de nul part. Si le coût de l’essence a augmenté, c’est parce qu’il y a la guerre en Iran. Si le gouvernement veut nous surveiller davantage, c’est qu’il veut contrôler les mouvements contestataires incompatibles avec «l’intérêt national». C’est important de faire les liens avec les enjeux politiques et le pouvoir de l’État qui sont derrière les décisions qui nous touchent économiquement.

Dans les milieux de vie et de travail, on peut utiliser nos organisations pour

  • discuter, débattre et prendre position;
  • adopter des motions;
  • organiser des actions.

Ces discussions peuvent s’organiser dans les syndicats locaux, dans les instances syndicales régionales et dans les congrès nationaux. La même logique est valable pour le mouvement étudiant. Les associations étudiantes locales peuvent se coaliser et organiser des campagnes sur une échelle régionale, voire nationale.

S’unir à la base

C’est urgent que les militantes et les militants anti-guerre s’unissent à la base, parce que nos propres directions syndicales nationales ne sont pas d’accord avec ces combats-là.

On le voit avec la direction de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec qui a refusé les demandes de désinvestissements des entreprises impliquées dans la colonisation et le génocide à Gaza en défendant la nécessité des liens économiques avec l’État d’Isarël.

On le voit avec la présidente de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), qui siège sur le Comité consultatif sur les relations économiques entre le Canada et les États-Unis. Ce dernier, créé par Mark Carney, a pour objectif de tirer partie des ententes économiques et de signer de lucratifs contrats avec nos voisins du sud. Pour l’instant, ça concerne les dépenses militaires.

S’organiser contre la guerre demeure possible!

D’abord, on doit s’informer sur le rôle que tient l’entreprise pour laquelle on travaille dans l’économie en général. Ça nous permet de comprendre comment on peut ensuite agir sur différents enjeux.

Il y a l’étape de la prise de position démocratique sur, par exemple, le désinvestissement et le boycott des produits de la machine de guerre israélienne.

Ces positions ouvrent la porte à des résolutions de type Hot Cargo pour refuser de manipuler et de transporter des produits militaires. C’est stratégique que les débardeurs des ports, les cheminots ou les travailleuses et travailleurs de la logistique adoptent de telles résolutions.

Certaines compagnies, dont les employé·es sont syndiquées à la CSN ou à la FTQ, produisent du matériel militaire. C’est le cas de Héroux-Devtek, qui fabrique des trains d’atterrissage, ou de General Dynamics, qui produit des obus. Pourtant, ces syndicats sont officiellement contre la production d’armes à destination d’Israël. Comment peut-on à la fois être contre le génocide à Gaza et pour la production des obus qui tuent les Palestiennes et Palestiniens?

Pendant les dernières négociations sur les contrats de travail, ça aurait été l’occasion de faire des liens avec le rôle de leur production dans la guerre génocidaire à Gaza ou dans la «hachoir à viande» qu’est la guerre en Ukraine. L’inverse, c’est approuver le tournant militariste actuel.

Une réelle approche anti-militariste serait de profiter de la période de négociations pour adopter des demandes politiques pour conserver de bons emplois sans alimenter les guerres. On parle d’une prise de contrôle publique, d’une gestion ouvrière démocratique et d’une reconversion de la production militaire en production qui répondrait aux réels besoins de la population.

On n’a pas le choix de faire les liens entre nos luttes économiques et la lutte politique. L’État et les capitalistes qu’il défend les fait ces liens-là!

Pour un Front commun antimilitariste

Pour les travailleuses et travailleurs du secteur public, il est fondamental de faire le lien entre

  • les coupures;
  • l’austérité;
  • les attaques contre nos conditions de travail, nos droits;
  • les privatisations;

et tout l’argent non disponible qui le devient, soudainement, pour la défense.

La lutte contre la militarisation doit être un point central des négociations 2028 dans le secteur public. Le Conseil du trésor va nous dire «On n’a plus d’argent, on l’a pris pour des guerres que vous ne voulez pas!»

Ce genre de réflexions et de débats, ce sont les premières étapes vers une réflexion plus large sur le pouvoir de la classe ouvrière. C’est-à-dire le pouvoir que les travailleurs et les travailleuses devraient avoir sur la production même des biens et services de toute la société.

Le militarisme, accentuation de toutes les crises sociales

Tous ces enjeux sont cruciaux pour les prochaines élections provinciales. Tous les partis politiques actuels sont d’accord avec les investissements en défense. Québec solidaire veut tellement être crédible pour les capitalistes tout en se disant de gauche. Ils refusent que l’État subventionne les armes létales, mais n’ont pas de problèmes avec les multinationales d’armes non létales.

On ne peut pas se fier sur les partis actuels. Personne ne défend un agenda anti-guerre cohérent au parlement. Ils vont tous dans la direction du militarisme. Et le militarisme, c’est l’accentuation de toutes les crises sociales.

Prenons en main la politique!

C’est pour ça que sur nos milieux de travail, il faut immédiatement débattre de comment défendre nos revendications sur l’arène politique. Les syndicats devraient se charger eux-mêmes d’organiser les débats politiques locaux lors des prochaines élections. Ça démasquerait sûrement certaines directions!

Au-delà de ça, on a besoin de candidatures clairement anti-militaristes aux prochaines élections. Des candidatures militantes anti-austérité et anti-guerre! On ne peut pas se permettre de toujours remettre la lutte à plus tard, aux prochaines élections, selon qui sera élu. On doit construire nos propres moyens politiques contre les boss, leurs gouvernements et leurs machines de guerre!

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